De nouvelles exactions découvertes en Syrie, côté pouvoir comme côté islamistes

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Alors que la guerre continue dans le pays malgré l’épidémie de coronavirus, deux ONG viennent de dévoiler des enquêtes sur des soupçons de crimes de guerre commis par les belligérants.

Il y a d’abord ce rapport d’Amnesty International publié lundi 11 mai. L’ONG, après plusieurs semaines d’enquête, accuse le pouvoir syrien et son soutien principal, la Russie, de crimes de guerre dans la région d’Idlib.

Amnesty a recensé 18 attaques aériennes et terrestres menées délibérément contre des hôpitaux et des écoles. En janvier et février, dix centres médicaux ont été détruits par les bombardements, notamment l’hôpital Al Shami dans la bourgade d’Ariha, une petite ville au sud d’Idlib. L’analyse des survols aériens laisse penser que les forces russes sont directement responsables de cette attaque. 28 écoles de la région d’Idlib ont également été visées par des bombardements en moins de deux mois : dont une dizaine lors de la seule journée du 25 février. Les armes utilisées sont des barils d’explosifs largués depuis les airs et des bombes à sous-munitions tirées par missile sol-sol. L’examen des fragments de ces missiles dévoile une fabrication russe et l’utilisation de sous-munitions interdites par le droit international. Amnesty réclame donc une nouvelle fois l’ouverture d’enquêtes à l’encontre du régime syrien et de la Russie, pour crimes de guerre.  

Le gouffre de l'horreur

Il y a de la même manière des soupçons d’exactions et de crimes de guerre du côté des Islamistes: c’est la conclusion d’un autre rapport rendu public le 5 mai par une autre ONG, Human Rights Watch. Elle a enquêté ur un charnier situé dans une gorge au nord de Raqqa, cette ville qui est restée le quartier général du groupe Etat Islamique de 2013 à 2015. Le gouffre d’Al Hota, c’est son nom, est un canyon désertique très difficile d’accès, à 85 km au nord de Raqqa. De nombreux témoignages laissent penser que des cadavres d’opposants, de journalistes, de travailleurs humanitaires, y ont été jetés par les islamistes. Human Rights Watch est parvenu à envoyer un drone dans le canyon ; il a permis de repérer six corps en décomposition.

Mais ce n’est sans doute qu’une petite partie de l’horreur. Il y aurait au moins 20 charniers ou fosses communes dans la région. Autant de crimes de guerre. Là encore, l’enquête est difficile : il faudrait que des médecins légistes puissent accéder à la gorge. Sauf que la tension reste forte dans la région, prise entre soldats pro-turcs, milices kurdes, et cellules dormantes du groupe Etat Islamique.  

Une guerre persistante à l'abri des regards

Plus globalement la guerre continue. À bas bruit, parce que l’attention médiatique est concentrée sur le coronavirus. Et parce qu’officiellement, la trêve initiée début mars est toujours en vigueur dans la région d’Idlib, ce dernier bastion de la rébellion et des islamistes. Mais par exemple, le dimanche 10 mai, les combats ont fait au moins 48 victimes dans la zone, selon l’ONG Observatoire Syrien des Droits de l’Homme. Et depuis deux mois, l’ONU a recensé plus de 30 attentats à l’explosif en Syrie, dont un certain nombre semble être le fait du groupe Etat Islamique. Quant au bilan du coronavirus, il est quasiment impossible à établir : seulement 3 morts officiellement en Syrie, sans doute beaucoup plus en réalité.    

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