Colombie : forte tension politique avec une 2e semaine de manifestations

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Ce pays d'Amérique du Sud est le théâtre depuis le 28 avril de manifestations non-stop contre le gouvernement de droite d'Ivan Duque. Des manifestations violemment réprimées.

Les sirènes des ambulances qui évacuent les blessés, mélangées aux klaxons des taxis qui protestent contre le chaos. C'était le 5 mai au soir dans le centre de Bogota, la capitale. La Colombie semble au bord du chaos politique. Après les grandes villes de Cali et Medellin, Bogota a donc été gagnée à son tour par les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. La tension est extrême dans tout le pays.Tout a commencé le 28 avril par des défilés contre une réforme fiscale initiée par le gouvernement d’Ivan Duque. La réforme visait à augmenter la TVA et à élargir la base d’imposition. Objectif: faire rentrer plus de recettes fiscales parce que l’économie de ce pays de 50 millions d’habitants a plongé en raison de la pandémie : le chômage atteint 17% et près de la moitié de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté. La classe moyenne s’est sentie particulièrement visée par la réforme. Et les manifestations ont commencé. Ivan Duque a retiré son projet fiscal tout début mai; il était trop tard : le mouvement s’est transformé entre temps en colère politique globale contre son gouvernement.  

Des forces de l'ordre violentes

Ce qui a nourri la colère, c’est aussi la répression violente des manifestations: le bilan officiel s’élève déjà à 24 morts et plus de 850 blessés. Mais le bilan réel est sans doute beaucoup plus élevé. Rien que dans la ville de Cali, on compte au moins une vingtaine de morts. Et de nombreuses vidéos postées sur les réseaux sociaux montrent la violence de la répression avec des scènes de panique et de nombreux blessés. Les brigades anti-émeutes, connues en Colombie par leur sigle les ESMAD, sont particulièrement montrées du doigt : tirs à balles réelles, charges dans la foule. Les forces de l’ordre colombiennes restent marquées par la lutte contre le terrorisme des Farc et leur logique est exclusivement répressive. Les policiers n’ont aucune formation pour garder leur calme face aux contestations de rue. Évidemment, cette violence policière alimente la colère des manifestants et provoque en chaine de nouveaux affrontements. L’ONU dénonce d’ailleurs "un usage excessif de la force".  

Une côte de popularité en chute libre

Pour Ivan Duque, les manifestants sont des vandales, des terroristes ou des narco-trafiquants. C’est un raisonnement qui semble un peu court et caricatural, même si les gangs de trafiquants de drogue sont très présents dans le pays. Dans les manifestations, on voit surtout des jeunes sans travail, ou des paysans indigènes qui crient "Résistance". La côte de popularité d’Ivan Duque est en chute libre : 33% seulement. Autant dire que le divorce semble consommé entre le pouvoir et la rue. Ce n’est pas très rassurant pour les jours à venir. Et pour ne rien arranger, l’épidémie de Covid-19 est repartie en force en Colombie : le pays compte 76.000 morts (à peu près comme la France en proportion de la population), mais les chiffres sont à la hausse.  

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