Bougainville : création d’un nouvel État dans le monde ?

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L’île de Bougainville, intégrée à la Papouasie Nouvelle-Guinée, vient de voter pour son indépendance à une très large majorité : 98%. Mais le chemin est encore long.

Bougainville, petite île au nord de l'Australie de 206 000 habitants, est intégrée à la Papouasie Nouvelle-Guinée voisine depuis 1975. Appelés aux urnes, les îliens se sont prononcés avec un score sans appel pour l'indépendance, 98%. Le scrutin a duré deux semaines.   

Cette île, de la taille de la Gironde, a une particularité, un trésor toxique : Panganu. C'est une mine d'or et de cuivre qui rapporte très gros à la Papouasie Nouvelle-Guinée : 45% de ses revenus d'exportation à son ouverture en 1972, selon une tribune de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Ce profit est peu reversé et peu investi dans l'île. Une situation vécue comme une injustice par les habitants qui ont pris les armes dans les années 1980. Le conflit contre le gouvernement national fut sanglant, dévastateur, 20 000 morts (soit 10% de la population). Un cessez-le-feu a été signé en 1998, puis un accord de paix entre séparatistes et gouvernement central en 2001 comprenant la promesse d'un référendum sur l'indépendance. Il a donc eu lieu cette année, après 20 ans d'attente.  

Un processus long  

Même si les habitants de la province de Bougainville ont voté, l’île ne deviendra pas tout de suite le 194e État reconnu par l’ONU. Le Parlement de Papouasie Nouvelle-Guinée doit ratifier le résultat du référendum. Et c’est loin d’être gagné. Certains députés sont catégoriquement opposés à cette indépendance. Ils craignent que ce vote donne des idées à d'autres provinces de la Papouasie et que l'archipel se délite petit à petit. En Papouasie, on trouve en effet une très grande diversité ethnique et linguistique. Actuellement une vingtaine d'îles aimeraient plus d'autonomie.   

À Port Moresby, la capitale de Papouasie, le ministre chargé de Bougainville, Puka Temu, a commenté ce vote de façon plutôt froide. Le référendum est "crédible", a-t-il reconnu mais il faut "laisser suffisamment de temps au reste de la Papouasie Nouvelle Guinée pour digérer ce résultat". Le gouvernement central doit désormais proposer un calendrier et négocier quel type d’indépendance.

"C’est clairement sur ce sujet que les 'task forces' des gouvernements de Papouasie et de Bougainville vont travailler", explique Alexandre Dayant, chercheur au Lowy Institute et spécialiste du Pacifique. "Bougainville est tellement couplée à la Papouasie Nouvelle-Guinée qu’une séparation nette va être compliquée. Il y a ici une myriade d’options, d’une indépendance pure et dure, acceptée par les deux gouvernements, à un contrat de libre association (comme entre Palaos et les USA, par exemple). Pour le moment, rien n’est clair et c’est pourquoi la tâche s’annonce compliquée."  

Du temps, et de la patience, il en faudra donc pour les partisans de l'indépendance. Ce n'est qu'un "premier obstacle franchi", admet un habitant.  

Difficultés économiques  

En plus d'une lutte politique, une lutte économique s'engage pour Bougainville. Comment l'île va-t-elle subvenir à ses besoins ? Jusqu'à présent, seulement le dixième des ressources financières proviennent de l'île (impôts, droits de douane, taxes). Le reste est subventionné par le pouvoir central. Ce manque de ressources inquiète les pays voisins, notamment l'Australie, qui est le principal soutien financier étranger de Bougainville. Si l'île obtient son indépendance, elle deviendra un pays pauvre et les Australiens ont peur que cela déstabilise la région qu’elle a coutume d’appeller son "backyard" (arrière-cour), selon Alexandre Dayant.  

La Chine observe également les désirs d'indépendance de la province. Pékin envisage déjà de faire des investissements comme la création d'un nouveau port.   Mais sans indépendance économique, difficile d'être vraiment libre.  

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