Bangladesh : après la grève vient la répression pour les ouvriers du textile

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Après une semaine de conflit, les ouvriers du textile ont repris le travail dans ce pays qui est l'une des grandes usines du monde. Mais beaucoup ont été licenciés pour avoir fait grève.

Les lendemains de grève sont douloureux dans ce pays voisin de l'Inde. Le conflit s’est achevé mardi 15 janvier au soir et le lendemain matin, en arrivant au travail, des centaines de salariés, anciens grévistes, ont découvert leur licenciement. Dans une usine d’Ashulia, dans la banlieue de la capitale Dacca, pas moins de 750 ouvriers ont été virés, sans préavis, avec leur nom et leur photo placardés à l’entrée de l’usine.

Officiellement, ils auraient dégradé des bâtiments et volé des vêtements pendant le conflit social. En réalité, ça ressemble fort à de l’intimidation. La grève dans le secteur textile a duré une semaine, avec notamment une grosse manifestation de 50 000 ouvriers et ouvrières (il y a beaucoup de femmes). Les cortèges ont été réprimés, avec des gaz lacrymogènes et des tirs de balles en caoutchouc. Le conflit portait sur les salaires qui restent très bas, 80 euros par mois, malgré une nette augmentation l’an dernier. Il s’est également achevé par de petites hausses : l’équivalent de 20 centimes d’euros mensuels pour les bas salaires.

Le Bangladesh est le 2e exportateur mondial de textile

Le Bangladesh est un pays dont on parle rarement, à tort : 170 millions d’habitants, c’est le 8e pays au monde en termes de population. Le tout sur un territoire tout petit, un tiers de la superficie française, à l’est de l’Inde. Les 4 500 usines du textile emploient entre quatre et cinq millions d’ouvriers. Cette industrie rapporte 30 milliards de dollars au Bangladesh, c’est le 2e exportateur mondial après la Chine. Ce sont en effet les teeshirts que l’on retrouve en occident, à cinq ou six euros dans des grandes enseignes comme Carrefour ou H&M.

Il y a six ans, l’effondrement d’un immeuble qui abritait des ateliers avait fait plus de 1 000 morts là-bas. Après cette tragédie du Rana Plaza, les conditions de sécurité ont été améliorées. Les salaires ont été un peu augmentés : d’ailleurs le taux d’extrême pauvreté diminue régulièrement dans le pays. Mais les rémunérations restent très faibles et la pression sur les ouvriers est énorme, les horaires de travail sont rarement respectés.

La dérive autoritaire du pouvoir

Il y a par ailleurs une dimension politique à l’affaire, tout simplement parce que les grands patrons du textile sont très liés au parti ultra-majoritaire dans le pays, la Ligue Awami. Faire grève au Bangladesh, c’est donc aussi se dresser contre le pouvoir. Un pouvoir détenu d’une main de fer depuis dix ans par une femme, Sheikh Hasina. Elle a 71 ans, elle vient de remporter fin décembre un nouveau succès électoral. Un triomphe même, avec 98% des voix. Mais les conditions du scrutin n’étaient pas transparentes. De toute façon, l’opposition est muselée. Au fil des ans, le pouvoir devient de plus en plus autoritaire. Cette formule de Sheikh Hasina résume bien sa philosophie : "Les droits de l’Homme, c’est d’avoir un travail et de la nourriture". Point à la ligne. C’est aussi cela qui se joue derrière nos teeshirts à 5 euros.

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