Avec le "Canal Istanbul", le président turc veut créer un nouveau détroit du Bosphore

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Recep Tayyip Erdogan relance un projet pharaonique en voulant creuser un canal parallèle au détroit du Bosphore pour relier la mer Noire à la mer de Marmara. 

Recep Tayyip Erdogan est avide de laisser sa marque dans l'histoire et la géographie de son pays. Dernière illustration en date, créer rien de moins qu'un nouveau détroit du Bosphore. Le président turc a lui-même prédit que son grand œuvre reléguerait le canal de Panama ou celui de Suez dans les oubliettes de l'histoire.

Cinquante kilomètres de long et creusé à l'ouest d'Istanbul, ce nouveau canal transformerait la partie européenne de la mégapole en île. Erdogan fait valoir qu'il s'agit de désembouteiller le Bosphore et d'assurer la sécurité des riverains. Le Bosphore est, il est vrai, l'une des voies d'eau les plus fréquentées de la planète : plus d'une centaine de navires l'empruntent chaque jour et 140 millions de tonnes de pétrole brut transitent chaque année par ses eaux parfois agitées. Mais ses détracteurs dénoncent la démesure du projet, évalué à plus d'une dizaine de milliards d'euros, et son coût pour l'environnement. Sans oublier la mégalomanie de plus en plus prononcée d’un président qui multiplie les grands travaux.

Les grands travaux, la marotte du président turc

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Recep Tayyip Erdogan relance, avec ce canal, une idée qui remonte à Soliman le Magnifique, qui régnait sur l'empire ottoman au XVIe siècle. Erdogan se veut digne héritier des sultans. Il avait même au départ prévu d'inaugurer ce nouveau Bosphore en 2023, pour le centenaire de la république fondée par Kemal Atatürk.

Le président turc a déjà fait édifier un troisième pont suspendu sur le Bosphore, un tunnel sous le Bosphore, la plus grande mosquée d'Europe, le plus grand aéroport du monde... Des grands travaux qui sont aussi autant d'occasions de remercier des amis dans le BTP qui financent largement l'AKP ou des hommes d'affaires proches du pouvoir. Les prix des terrains bordant le futur canal se sont envolés et des projets de complexes immobiliers de luxe sont déjà en préparation. 

Istanbul est au cœur de l’affrontement pour la présidentielle

Des grands travaux qui ont pour cadre Istanbul. Ce n'est pas anodin. C’est "sa" ville, celle qui a préparé son ascension politique, mais celle aussi qui se rebelle désormais et a élu un maire d'opposition. Ekrem Imamoglu n’a pas manqué d’empoigné le projet dont il exige l'annulation et a lancé une pétition contre le gaspillage d'argent public, le coût environnemental démesuré, le risque sur les réserves en eau de la ville et l'écosystème de la mer Noire. Les arguments font mouche.

La rivalité exacerbée entre le nouveau maire d'Istanbul et son lointain prédécesseur, aujourd'hui à la tête de l'État, prépare peut-être un autre duel au sommet lors de la présidentielle. Elle se tiendra en 2023, justement pour le centenaire de la république turque.

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