Au Venezuela, une libération d'opposants en trompe-l'œil

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Coup de théâtre dans ce pays d'Amérique du Sud, toujours plongé dans la crise économique et politique : le président Maduro décide de grâcier soudainement plus de 100 opposants.  

C’est inattendu et c’est quand même une bonne nouvelle pour les libertés dans le pays : 110 personnes graciées d’un seul coup, dont quelque 26 députés de l’opposition. Certains étaient en prison, d’autres s’étaient cachés pour échapper à la geôle.

Parmi les principales personnalités libérées, citons d’abord Roberto Marrero. Les réseaux sociaux l’ont montré le 1er septembre au soir en train de retrouver sa famille au milieu des cris de joie. Roberto Marrero est un avocat de 51 ans, ancien chef de cabinet du leader de l’opposition Juan Guaido. Citons également l’ancien dirigeant étudiant Freddy Guevara, ou l’ancien vice-président du Parlement Edgar Zambrano. Ce dernier avait été interpellé en mai dernier dans des circonstances rocambolesques : sa voiture avait été arrêtée par les services de renseignement, il s’était enfermé dans le véhicule, et les forces de l’ordre avaient alors utilisé une dépanneuse pour l’embarquer ! Bref, autant d’opposants qui étaient détenus pour de prétendus motifs de trahison ou de terrorisme, tous soudainement libérés. Le président contesté Nicolas Maduro qualifie cette décision de "geste de dialogue", pour "restaurer la confiance en vue des élections législatives du 6 décembre prochain".  

L'enjeu des législatives de décembre

Et c’est là que ça sent le trompe-l’œil. D’abord, tous les opposants politiques n’ont pas été libérés. Il en reste probablement encore plus de 200 emprisonnés. Mais surtout, on voit bien le calcul du président vénézuélien. Il veut redorer son image. Et essayer de convaincre l’opposition de participer aux législatives de décembre. Rappelons que le pays vit toujours dans la confusion, avec deux dirigeants concurrents qui se déclarent légitimes : Nicolas Maduro et Juan Guaido. La situation économique du pays est catastrophique avec plus de 4 millions de Vénézuéliens qui ont quitté le pays (soit 1/8e de la population) et un piteux 147e rang au classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. L’opposant Juan Guaido voit dans cette grâce une manœuvre, un piège. Il appelle à boycotter le scrutin de décembre prochain, en rappelant que plusieurs partis politiques demeurent interdits.  

Une opposition au bord de la division

Mais cette manœuvre du pouvoir en place peut fonctionner pour deux raisons. La première, c’est que le boycott d’un scrutin est toujours incertain : cela conduit mécaniquement à un score plus élevé pour les candidats qui se présentent, faute de concurrents. La deuxième, c’est que cette grâce peut contribuer à diviser l’opposition. On prête notamment l’intention à un ancien rival de Nicolas Maduro, Henrique Capriles, de sortir de sa réserve, pour entrer dans la course. Ça aurait pour effet mécanique, là aussi, de baisser la légitimité du grand rival Juan Guaido. Et puis, si les élections législatives se tiennent en décembre avec ne serait-ce un minimum de pluralisme, il y aura donc un nouveau Parlement et un nouveau chef de l’Assemblée. Vous avez compris le tour de passe-passe : dans ce cas, Juan Guaido n’aura plus de légitimité institutionnelle. C’est probablement le pari du pouvoir en place.    

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