Au Mexique, les femmes sont en grève contre la violence

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Cette grève générale des femmes contre la violence de genre est un mouvement sans précédent dans ce pays d'Amérique centrale.

Les 65 millions de Mexicaines étaient appelées à ne rien faire lundi 9 mars. Le mouvement s’appelle "Un dia sin nosotras", "un jour sans nous". Pas de femme, nulle part, voilà le mot d’ordre. Ni dans les rues, ni dans les entreprises. Ni dans les écoles, ni dans les universités. Ni pour faire les tâches ménagères, nulle part.

Plusieurs entreprises, des banques, des médias, se sont associés au mouvement par solidarité. Dans plusieurs villes du pays, les transports scolaires ont été annulés. Les femmes représentent 40% de la population active au Mexique, mais 54% de l’activité totale si on inclut l’économie informelle. Cette mobilisation fait suite aux manifestations du dimanche 8 mars à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes : 80 000 personnes ont occupé le centre de Mexico, le plus souvent habillées en rouge. Le rouge pour dénoncer les crimes de sang dont les femmes sont victimes dans le pays.

Une dizaine d'assassinats de femmes chaque jour

Les féminicides, c’est en effet le grand sujet qui agite le Mexique : 3 000 femmes assassinées l'an dernier, dont 1 000 dossiers qualifiés de féminicides par la justice. Autrement dit, des femmes tuées parce qu’elles sont femmes. La situation se dégrade : 10 assassinats par jour (dont un assassinat de mineure) depuis le début de l’année. Dans 57% des cas, l’auteur du meurtre est le conjoint ou le compagnon.

Les circonstances sont parfois atroces. L’an dernier, une jeune femme de 25 ans a été poignardée et dépecée par son compagnon. Le corps mutilé de la victime a fait la une de toute la presse mexicaine. Donner ces détails n’est pas du voyeurisme, c’est le meilleur moyen de faire comprendre à quel point la violence est inscrite dans la société mexicaine.

Cette violence est en grande partie tolérée par l’État. Dans les cas de viol, 99% des enquêtes sont classées sans suite. De nombreux policiers sont également soupçonnés d’agression sexuelle. Dans les cas de meurtre, les proches des victimes n’ont souvent pas d’autre choix que d’enquêter tous seuls. Les associations féministes avaient fondé beaucoup d’espoir sur l’arrivée au pouvoir, l’an dernier, du nouveau président de gauche, Andres Manuel Lopez Obrador, "Amlo" comme il est surnommé au Mexique. Mais jusqu’à présent, il s’est contenté de beaux discours, sans prendre le sujet à bras le corps.

Une forte mobilisation via les réseaux sociaux

Cette grève générale sera certainement suivie d’autres mobilisations si le pouvoir politique ne réagit pas. Les organisations de défense des femmes se structurent au Mexique, souvent portées par des militantes très jeunes, qui utilisent les réseaux sociaux, par exemple l’organisation Brujas del Mar, littéralement "les sorcières de la mer".

Via internet, elles mobilisent pour des actions coups de poing : un jour elles bloquent l’entrée du métro, un autre elles taguent les murs d’un centre-ville, ou barricadent l’accès à la frontière avec les États-Unis. C’est un mouvement de fond qui est en train de faire évoluer profondément la société mexicaine.

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