Au Kazakhstan, le tyran d'Asie centrale part en semi-retraite

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Tous les jours, dans "Un monde d’avance", coup de projecteur sur une actualité à l’étranger restée "sous les radars"… Direction l’Asie centrale, plus précisément le très vaste Kazakhstan, dont le leader despotique vient d’annoncer… son départ en retraite !

Pour un coup de théâtre, c’est un coup de théâtre, dans ce pays immense, grand comme quatre fois la France, situé entre la Russie et la Chine. Mardi 19 mars au soir, le président du Kazakhstan Noursoultan Nazarbaïev a décidé de passer la main. C'est l’un des pays les plus surréalistes au monde. Nazarbaïev a 78 ans et il est au pouvoir depuis 30 ans : cela veut dire que la moitié des 18 millions de Kazakhs n’ont jamais connu que lui à la tête de l’Etat. Cet ancien apparatchik de l’Union soviétique a progressivement concentré tous les pouvoirs sur ses épaules en développant un incroyable culte de la personnalité. Un exemple: il a fait sculpter une empreinte en or de sa main, et cette empreinte est conservée dans un globe au sommet d’un gratte-ciel. Ses penchants mégalomanes l’ont conduit à créer de toutes pièces une nouvelle capitale ultra-moderne, Astana, au milieu de nulle part. La ville compte désormais 800 000 habitants et des dizaines d’immeubles futuristes.

Mégalomane et répressif

Bien entendu, il a toujours été réélu avec plus de 95% des voix. Et ça ne va pas vous surprendre : au Kazakhstan, la société civile doit se taire, les ONG sont réduites au silence, la presse est muselée, la corruption est abondante et la torture régulièrement pratiquée. C'est pourquoi ce départ de Nazarbaiev est une surprise, un électrochoc pour tout le pays. La rumeur le dit malade, c’est peut-être la raison de sa décision. En même temps, ce n’est pas une retraite complète : le tyran va rester bien au chaud. Il est membre à vie du Conseil de sécurité du pays, qui supervise toute décision. Il est bien entendu protégé par une totale immunité judiciaire. Et on lui prête l’intention de passer la main à sa fille, Dariga, qui pourrait être candidate à la prochaine élection présidentielle, prévue l’an prochain. Vous imaginez que dans ce cas, le résultat est plié d’avance. Entre temps, l’intérim est confié à un fidèle, le président de la chambre haute du Parlement. Kassym Tomar Jokaïev, c’est son nom, a déjà pris une décision. Ça ne s’invente pas et ça en dit long : il propose de rebaptiser la capitale Astana et de l’appeler Noursoultan, c’est le prénom de Nazarbaiev.  

Entre Chine et Russie

Le Kazakhstan est un pays important en termes géopolitiques, pour deux raisons. D’abord, c’est un pays riche : beaucoup de pétrole, de gaz, d’uranium. Avec la présence de nombreuses multinationales comme les Françaises Total ou Alstom. Et comme souvent en pareil cas, la rente n’a que peu profité à la population : un Kazakh sur deux vit sous le seuil de pauvreté. Ensuite c'est donc une plaque tournante entre la Chine et la Russie, entre l’Asie et l’Europe. Pékin veut en faire l’une des principales portes d’entrée de son grand projet commercial, les "nouvelles routes de la soie".  Vu d’ici, ça paraît loin le Kazakhstan, mais c’est l’un des endroits de la planète où se décident les grands équilibres stratégiques de demain.        

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