Au Congo, Denis Sassou Nguesso approche des 40 ans passés au pouvoir

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Denis Sassou Nguesso vient d’être réélu président, à l’issue du scrutin du 21 mars. Une victoire électorale jouée d'avance pour ce dirigeant autocratique qui a déjà passé 36 ans au pouvoir. 

Deux habitants sur trois, au Congo, n’ont jamais connu que lui au pouvoir, compte tenu de la pyramide des âges dans ce petit pays de cinq millions d’habitants, à ne pas confondre avec son grand voisin la RDC, la République Démocratique du Congo.

Et cette fois-ci, le maître de Brazzaville ne s’est pas embarrassé de fioritures. Officiellement, il a obtenu 88,57% des voix dès le premier tour. La dernière fois, il y a cinq ans, il n’avait affiché que 60%. Mais là, "l’Éléphant" ou "l’Empereur" comme on le surnomme là-bas, n’a pas fait dans le détail sur l’affichage des résultats. Dans certaines circonscriptions, il se voit même attribuer 100% des voix.

Lorsque Denis Sassou Nguesso, aujourd’hui âgé de 77 ans, est arrivé pour la première fois au pouvoir, c’était en 1979 : la France de Valéry Giscard d’Estaing, la Russie de Brejnev, les Etats-Unis de Carter. Une autre époque. Et depuis il a dirigé le Congo non-stop, à l’exception d’une brève parenthèse démocratique au début des années 90 : l’opposant Pascal Lissouba avait accédé au pouvoir, mais Sassou Nguesso l’avait renversé après un coup d’Etat. Et comme il a réformé la Constitution, il peut encore rempiler dix ans jusqu’en 2031 et devenir d’ici là le chef de l'État à être resté le plus longtemps au pouvoir. Il est en compétition avec deux autres chefs d'État africains : le Camerounais Paul Biya, déjà 38 ans aux manettes, et l'Équato-Guinéen Teodoro Obiang, 41 ans de pouvoir.  

Censure et répression

Il n'y a pas vraiment d'opposition. Denis Sassou Nguesso contrôle tout. Il y a toujours quelques candidats alternatifs, mais ils n’ont aucune chance. Et pour ne rien arranger cette fois-ci, l’opposant le plus sérieux, Guy Brice Parfait Kolelas, vient de mourir, frappé par le coronavirus. La campagne a aussi été marquée par plusieurs arrestations de défenseurs des droits de l’homme. Les opposants plus anciens, André Okombi ou Jean-Marie Mokoko, purgent une peine de 20 ans de travaux forcés pour avoir osé contester la victoire précédente de Sassou Nguesso. Ils ont été condamnés pour "atteinte à la sécurité de l'État".

Il y a bien quelques voix, notamment celle de l’épiscopat, pour dénoncer le manque de transparence des élections. Mais ça ne va pas plus loin. L’apathie et la résignation prédominent : les Congolais sont nombreux à penser que rien ne sert de voter ni de s’opposer, de toutes façons, le pouvoir est verrouillé. La censure règne. Et la répression est implacable.  

La pauvreté malgré la manne pétrolière

Quant aux richesses liées à la manne pétrolière du Congo, elles vont d’abord dans la poche de la famille du président et de ses proches. La corruption est endémique. Et l’enquête française sur les "biens mal acquis" a d’ailleurs mis en évidence tout ce système de détournement de fonds. Mais tout cela n’empêche pas le régime autocratique de Sassou Nguesso de perdurer et de conserver sa coopération militaire, notamment avec la France, qui ferme les yeux sur ses pratiques.

Pendant ce temps, la population congolaise vit toujours dans la pauvreté. Cela s’est même accru avec la crise économique et la pandémie. Le produit intérieur brut a reculé de 9% l’an dernier.    

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