Drôles de drones

Alors que les attaques aériennes s’accélèrent partout dans le Monde, y compris par la France contre l’Etat islamique en Irak, les drones jouent un rôle de plus en plus actif dans ce genre de conflit. Quant aux drones civils, ils feront de plus en plus partie de notre vie quotidienne.

Les frappes aériennes, notamment en Irak et en Syrie, s’opèrent non seulement par l’aviation de chasse, mais aussi avec un rôle de plus en plus important donné aux drones. 

Drone qui veut dire "faux bourdon" en anglais, par analogie au ronronnement émis par les premiers appareils, est un engin aérien mais aussi terrestre ou maritime, piloté à distance, c'est-à-dire sans pilote à bord. De la taille d’un insecte à celle d’un avion, ils servent actuellement principalement aux militaires mais le marché civil est très prometteur.

Les drones tactiques, lents ou rapides, à voilure fixe ou tournante (mini hélicoptères), appelés TUAV (Tactical Unmanned Air Vehicle )

 

Un missile explose sur, ou à proximité de sa cible, un drone est lui, réutilisable et le plus souvent employé pour l’observation, car - avantage énorme- il est quasiment invisible à haute altitude, et il a l’autonomie pour rester en l’air plusieurs jours sur zone ce que ne peut pas faire un avion. C’est en outre, une couverture complémentaire aux satellites qui ne font que passer et sont souvent gênés par les nuages.

 

Valery Rousset, est consultant stratégie et technologie et auteur d’un livre  "La guerre à ciel ouvert ". Il nous explique que le drone s’inscrit dans un système tactique dans lequel les informations sont partagées en temps réel.

Ecoutez l'entretien avec Valéry Rousset
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Quant aux drones armés, la France n’a pas fait ce choix, elle se limite à l’observation et les pilotes de drones sont sur le terrain d’opération, contrairement aux pilotes américains qui ciblent des personnes quelque fois mortellement à plus de 10.000 kilomètres de distance.

Le pilote de drone américain est un pilote de chasse un peu particulier : il sort de son domicile, comme pour aller au bureau, il s’installe sur son fauteuil muni entre autres d’un joystick. Il suit en temps réel les évolutions de son drone , et lorsqu’une "target" lui est désignée (une maison, un tank, un voiture), il fait mouche et peut rentrer chez lui à l’heure pour le dîner… C’est un vrai débat éthique et politique.

Pour autant , ce n’est pas encore la fin des avions et des pilotes de chasse, les drones étant un supplétif, on pense même mettre à disposition "des meutes de drones" à des pilotes d’hélicoptères pour sécuriser leurs missions.

 

L’armée de l’air, qui fête cette année ses 80 ans, va proposer à ses pilotes de chasse une formation de pilote de drones, le tout dans sa célèbre école de salon de Provence qui sera en même temps un centre d’expérimentation. Le Colonel Pierre Vaysse qui s’occupe des drones de l’armée de l’air, nous explique que ces pilotes doivent être des pilotes de chasse, qui savent lire une carte, et connaissent parfaitement les procédures.

 

Les drones civils , deviennent une industrie qui promet d’être juteuse, en France pas moins de 2.500 personnes y travaillent et cela ne fait que progresser.

 

Cette industrie a été considérablement aidée par une réglementation proposée par la DGAC (Direction de l’aviation civile Française). La France a été la première et longtemps la seule a autoriser des drones sur des longues distances ce qui a permis l’éclosion de dizaines de PME, mais la compétition est désormais internationale avec des enjeux financiers considérables.

Patrick Gandil, directeur de la DGAC, explique que plus de 2.000 personnes travaillent désormais pour ce secteur et que les applications sont nombreuses. En fait on ne vend pas que la machine, mais le service qui va avec (transmissions de données , capteurs, traitement de l’image...)

Ecoutez l'entretien intégral avec Patrick Gandil, directeur de la DGAC
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On connait les drones utilisés de plus en plus pour le cinéma et la télévision, mais leur utilisation sert également à EDF (ou ERDF) pour la surveillance des lignes électriques, à la SNCF pour la surveillance des caténaires, aux égoutiers avec des drones à chenilles. Ils sont très utiles pour pénétrer dans les zones contaminées comme la centrale nucléaire de Fukushima. La sécurité civile les emploient pour la surveillance des feux de forêts, ou pour coordonner les secours lors d‘un accident ou d'un mouvement de foule.

(© bpi)

Les drones sous marins ne sont eux, utilisés pour la surveillance des câbles sous marins, ou pour la recherche d’épaves comme celle  du Boeing de Malaysia Airlines, non retrouvé à ce jour. Ils sont utilisés depuis longtemps dans l'espace puisque nous pilotons depuis la terre des robots sur Mars et Venus !

Dans "Transportez-moi", nous avons chaque semaine une séquence coup ce cœur et une séquence insolite, et pour celle-ci nous avons choisi les vignerons pilotes de drones. Patrick Gandil, qui affectionne le Sud Ouest trouve que la tradition millénaire des grands crus de Bordeaux peut s’associer avec bonheur à la modernité de l’aviation. En effet les drones, sont bourrés de capteurs, et sont capables de diagnostiquer le meilleur traitement, la bonne dose d’arrosage ou de traitement, les meilleurs pieds de vigne et le meilleur moment pour vendanger.

J’aurais pu citer Amazon qui, selon la presse indienne, pourrait lancer dès cette année une expérimentation de son service de livraison par drones, dans les environs de Bombay, mais pour les livraisons de pizzas, même si une publicité l’a montré sur internet, il faudra attendre un peu !

(© amazon)

Notre coup de cœur va vers une association du nom d’ "Objectif sciences  international" qui propose des séjours de vacances scientifiques pour petits et grands. Et sur l’un d’entre eux, on fait joujou avec des drones volants et autres objets autonomes mobiles à la recherche de flore ou faune sauvage dans les Alpes. Une belle idée de vacances pour toutes celles et ceux qui aiment bidouiller et piloter, le tout dans la nature. Après les drones tueurs place aux drones de cœurs !

Bonus   

Drones militaires 

"Tuer les méchants sans danger" est approuvé par 80% des américains, pourtant des organisations internationales posent la question des dommages collatéraux sur des civils et sur les interventions hors des frontières. On estime que depuis 2004, environ 4.000 individus ont été victimes de frappes ciblées, dont de nombreux responsables d’Al-Qaida et chefs talibans. L’armée américaine est intervenue en Irak, en Afghanistan, en Somalie, Libye, et ce  recours aux “targeted killings” s’est largement intensifié sous la présidence de Barack Obama. D’ailleurs ce n’est pas un hasard si le drone fleuron de leur industrie s’appelle "predator" .

 

Israël, précurseur dans la conception et la fabrication de drones les a utilisés tant que de besoin, et la Russie, les a également utilisés, notamment en Tchétchénie. La crainte est aujourd'hui que ce genre de drones armés soit acquis par des terroristes de tous bords, c'est pourquoi, des drones anti-drones, ou des canons lasers sont étudiés pour apporter une parade. 

 

Drones civils : l'industrie est en marche

Ce n’est pas un hasard si le drone trouve sa place dans la Silicone valley en Californie, car sa valeur ajoutée est dans les systèmes électroniques embarqués et les systèmes de communication. Google investi dans des drones à hautes altitudes et des ballons à haute altitude (projet Loon) pour offrir à moindre coût (comparé aux satellites) du wifi à la terre entière ! Même dans les coins les plus reculés.

Ce n’est pas un hasard non plus si le milliardaire Richard Branson (Virgin) vient d’investir dans 3D Robotics, une société spécialisée dans les drones à usages privés mais surtout commerciaux. Il est convaincu que le marché va se développer pour la surveillance des "espèces vivantes en danger, la livraison de produits, notamment des médicaments  dans les endroits isolés, ou l'assistance lors de catastrophes naturelles ". Il mise sur le contrôle de l’engin avec une montre connectée. D’ailleurs des drones de transport de personnes pourraient être utilisés dans des zones isolées, y compris le sauvetage en mer.