Toute dernière fois. 1968, la dernière fois où des équipes nationales participaient au Tour de France

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Tout l'été, nous revenons sur ces moments où l'histoire s'achève. 21 juillet 1968, a lieu l'arrivée de la dernière étape du Tour de France avec des équipes nationales.

Le dernier Tour de France s'est couru pour la dernière fois sous le format des équipes nationales en 1968. On l’ignore souvent, mais dans les années 1920, le Tour de France est moribond. L’ère des pionniers est terminée et l’intérêt de la course disparaît tant certaines équipes dominent et cadenassent la course. Henri Desgrange, le fondateur du Tour de France en 1903 et encore directeur de la course dans l’entre-deux-guerres cherche à sauver une épreuve vitale pour les finances de son journal, L’Auto, l’ancêtre de L’Equipe. Le Tour de 1929 est celui de trop. La puissante équipe Alcyon se met toute entière au service de son leader en difficulté, le Belge Maurice Dewaele. Le but est de l'aider à gagner l'épreuve tant bien que mal : encadrement par ses coéquipiers, poussettes dans les cols, barrages des coureurs pour rendre plus difficiles les attaques. Rien n'est épargné à ses adversaires et, à l'arrivée, Desgrange ne décolère pas :  "On a fait gagner un cadavre ! Comment un maillot jaune aussi facile à dépouiller a-t-il pu conserver la première place ?"

La naissance du Tour de France en équipe

Desgrange a alors une idée géniale. Le Tour se courra désormais par équipes nationales. Grâce à cette idée, les spectateurs devraient retrouver un appétit patriotique pour la course. Le manque à gagner est immédiatement compensé par une autre invention, la caravane publicitaire. Couplé au développement de la radio, le Tour regagne l’intérêt perdu. Les rivalités nationales captivent les Français, les Italiens, les Belges et les Hollandais. Le tirage de L’Auto atteint des records et les Français se remettent à gagner le Tour de France.

La politique prend de plus en plus de place

Mais si l’épreuve gagne en intérêt sportif, elle devient de plus en plus l’objet d’enjeux politiques. L’équipe italienne court ainsi pour offrir une victoire au grand Gino Bartali, un succès largement utilisé par la propagande fasciste de Mussolini.
En 1962, parce que le Tour manque d’argent et parce qu’un grand coureur comme le luxembourgeois Charly Gaul est bien seul, les équipes de marque font leur retour parmi les équipes nationales. Ce retour sera bref. En 1966, les organisateurs du Tour souhaitent punir ces équipes réliées à une marque d'avoir organisé une grève des coureurs contre les premiers contrôles antidopage. Félix Levitan, le co-directeur de la course justifie différemment ce retour, une fois de plus, aux équipes nationales : "Je crois qu'on peut dire essentiellement que c'est sous l'influence du public. Le public était très fortement attaché aux équipes nationales", dira-t-il.

Félix Levitan continue en disant qu'il a considéré d'autre part que c'était, "un moyen de remoraliser le Tour de France et enfin nous croyons répondre aux voeux profonds des populations, de tous ceux qui s'intéressent aux sports cyclistes en général." Finalement, après deux éditions avec des équipes nationales, en 1967 et 1968, le modèle économique des équipes nationales n’est pas tenable et les équipes de marque font leur retour, dès 1969, pour la première victoire de Merckx.

La société de consommation s'invite dans le Tour

Les marques commerciales qui s'affichent sur les maillots sont représentatives de la société de consommation. Les secteurs alimentaire (Leroux, Ghigi), de l'électroménager (Philco, Grammont, Grundig, Fagor) et de l'automobile (Peugeot, Ford, Michelin, BP) sont très représentées, ainsi que les boissons alcoolisées (Saint-Raphaël, Margnat, Pelforth, Wiel's). Mais la caravane n’a pas pour autant disparu…


"Toute dernière fois", une chronique à retrouver tout l'été sur franceinfo et à podcaster sur franceinfo.fr

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