Vins : un Château peut en cacher un autre

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Une nouvelle hache de guerre est déterrée entre l'Europe et les Etats-Unis. Elle concerne, cette fois, le mot "Château" qui apparaît sur les bouteilles de vin.

C'est un nouveau coup de boutoir que les américains entendent donner à notre patrimoine. Les Etats-Unis voudraient obtenir une définition moins restrictive à la mention "Château" et le droit d'exporter vers l'Europe leur breuvage ainsi baptisé. En France, la mention "Château" désigne un vin d'appellation d'origine contrôlée issu à 100% de raisins récoltés et vinifiés sur une seule propriété. La législation américaine est beaucoup plus laxiste. Pour bénéficier de l'appellation contrôlée, il suffit au "wine yankee" (vin américain) de n'être produit qu'à hauteur de 75% de raisin d'un terroir donné, le reste pouvant venir d'autres régions, voire d'autres pays. Un vrai sacrilège pour les puristes de ce côté-ci de l'Atlantique qui n'entendent pas se laisser faire. Le ministre français de l'Agriculture Stephan Le Foll refuse de céder. Mais c'est sans compter avec le peu de motivation de nos partenaires européens, beaucoup moins concernés par ce dossier. Une réunion des 27 prévue aujourd'hui a été reportée à une date ultérieure.

Quels arguments les professionnels du secteur invoquent ?

Qu'autoriser l'importation de tels produits serait une tromperie pour le consommateur en Europe, et que cela créerait de sérieuses distorsions de concurrence. Les américains n'en sont pas à leur premier fait d'arme. Aujourd'hui déjà, il n'est pas rare de trouver en Amérique du vin estampillé Chablis pourtant réalisé à base de raisin californien. On est au cœur d'une véritable bataille commerciale mondiale. La mention "Château" fait vendre et les américains l'ont bien compris face à un gâteau planétaire qui ne cesse de grandir. Quelques chiffres rappelés par le Wine and Business Club en France : chaque année, la consommation mondiale de vin augmente de 2 à 5% et les perspectives sont excellentes. Le secteur vinicole est le deuxième poste excédentaire dans la balance commerciale française derrière l'aéronautique. En 2011, la France a vendu à l'étranger en vins, champagne et spiritueux, l'équivalent de 40 AIRBUS A380 (plus de 10 milliards d'euros). De leur côté, les Etats-Unis sont devenus le premier pays au monde à voir la consommation de vin progresser le plus en volume et en valeur... devant la Chine ! On comprend pourquoi chacun défend ses intérêts de part et d'autre de l'Atlantique.

Quelles suites peuvent être données à ce dossier ?

Paris plaide pour que cette négociation soit reportée dans le cadre de discussions plus générales sur un accord de libre échange avec les Etats-Unis. Donc, les tractations vont se poursuivre mais rien ne dit que les vignerons français obtiendront gain de cause. Les professionnels se disent prêts à aller très loin et d'utiliser tous les recours juridiques possibles.

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