Spéculer sur la dette souveraine française : jeu financier ou enjeu politique

A une semaine du premier tour de l’élection présidentielle, l’Europe revient en force dans la campagne et la France pourrait faire l'objet de spéculation.

On a un peu l’impression d’avoir appuyé sur la touche ‘’reset’’ de l'ordinateur… d’avoir réinitialisé le disque dur et de repartir de zéro ou presque. Hier, l’Italie a dû affronter une forte hausse des taux d’intérêt pour emprunter quelque 5 milliards d’euros alors que jusqu’à présent Rome bénéficiait d’une certaine mansuétude de la part des marchés. Deux jours plus tôt, c’était l’Espagne qui suscitait l’inquiétude… et puis hier soir : petite phrase lourde de sens prononcée à Washington par la Directrice générale du Fonds Monétaire International Christine LAGARDE : « Le principal risque pour l’économie mondiale est le retour des turbulences en Europe ». Le ton est donné… les enchères sur une reprise de la crise sur le Vieux continent sont relancées.

Que se passe-t-il de particulier ?

Rien de vraiment particulier si ce n’est la persistance de plusieurs facteurs : l’anti douleurs prescrit en début d’année par la BCE n'a plus d'effets (le trésor de guerre de 1000 milliards d’euros est épuisé), la gouvernance économique de l’Europe n’est toujours qu’incantation. Avec le rachat des dettes souveraines, l’interdépendance des banques et des Etats s’est renforcée, les problèmes de compétitivité et de croissance demeurent avec à la clef de gros déficits extérieurs… des déficits commerciaux synonymes de manque d’épargne pour les pays qui ne peuvent plus financer leurs dettes sauf à aller emprunter chez les autres.

Et on dit donc que la spéculation pourrait maintenant atteindre la France !

Oui, les yeux sont tournés vers un nouveau produit financier qui sera proposé dès lundi à la bourse de Francfort : un contrat à terme sur les obligations d'Etat françaises. Lancé par le marché privé allemand Eurex, filiale de la Deutche Börse (je dis bien marché privé… ce n’est pas l’Etat allemand qui est derrière), ce produit permet de se prémunir d'une baisse ou, au contraire, de jouer à la hausse sur un investissement donné… dans le cas présent : la dette française. Si on schématise, c'est l'équivalent d'un contrat d'assurance. On y souscrit pour se couvrir contre les variations trop importantes de taux d'intérêt. La où le jeu devient dangereux c'est que, même si on ne détient pas de dette française, on peut acheter le produit en question. Je ne vous fais pas de dessin  sur les spéculations possibles... c'est un jeu très dangereux contre lequel même l'Autorité des Marchés Financiers ne peut rien faire. On imagine les dégâts collatéraux si les spéculateurs entrent en action durant les quelques jours qui nous séparent du premier tour de l’élection présidentielle.

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