Russie/Ukraine : la guerre du gaz ne fera pas flamber les prix de l'énergie

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Dans le conflit russo-ukrainien, la question du gaz est primordiale. Enjeu géopolitique mais aussi source d'interrogation sur l'approvisionnement et les prix de l'énergie en Europe.

En termes d'impact économique, les enjeux sont beaucoup
plus russo-ukrainiens que russo-européens à proprement parler. Pour bien
comprendre la situation, il faut
remonter une trentaine d'années en arrière. Les grandes exportations de gaz
russe vers l'Europe ont été faites à partir de tuyaux construits dans les
années 80. Ils traversaient l'Ukraine et la Tchécoslovaquie. Il y a quelques
années encore 90% des exportations russes vers l'Europe passaient par l'Ukraine.

Ce n'est plus le cas aujourd'hui ?

Non, le niveau est aujourd'hui d'environ 60 %. Ces dernières
années, russes et européens ont ouvert de nouvelles routes : le gazoduc
NorthStream qui relie la Russie à l'Allemagne via la ner Baltique, et bientôt, le
SouthStream qui permettra d'acheminer le gaz russe par la Bulgarie et la
Hongrie.

Mais avec 60 % du gaz transitant encore par son sol vers
l'Europe, l'Ukraine reste un acteur important pour Moscou. Inversement,
l'Ukraine demeure dépendante du gaz russe, principale ressource énergétique pour
faire tourner son importante industrie lourde et chauffer sa population.

Imaginons que l'Ukraine coupe les vannes pour empêcher la
Russie de livrer son gaz à l'Europe. Que se passerait-il ?

Premièrement, la riposte de Moscou serait immédiate. Elle
couperait elle-même la livraison de gaz à l'Ukraine ou, plus vicieux, elle
continuerait de l'alimenter mais en relevant les prix.

Deuxièmement, Comme l'Europe ne serait plus
approvisionnée, il faudrait trouver très vite un accord politique et diplomatique.
Evidemment, ça serait à Kiev de le trouver en faisant des concessions. Donc la
Russie tient l'économie ukrainienne et les bruits de bottes de plus en plus
insistants sont très bien orchestrés par Vladimir Poutine pour rappeler cette
puissance de feu.

Dimanche, Vladimir Poutine a accepté une proposition de la
chancelière allemande Angela Merkel visant à mettre en place une mission sur
l'Ukraine pour engager un dialogue politique. Pourquoi Berlin semble peser
autant dans ce dossier ?

Il y a une alliance entre l'Allemagne et la Russie. Une
complicité très forte car le chef de file du consortium d'achat gazier européen n'est autre que RurhGaz (autrement connu aujourd'hui sous le nom de EOn). Le siège de
l'entreprise est à Hanovre, le fief de l'ancien Chancelier Gerhard Schröder. Le
lobby Gazprom a aujourd'hui encore de puissants alliés au sein de l'establishement
politique allemand. Il y a en quelque sorte une dépendance mutuelle, Eon-RurhGaz
étant un acteur important des transactions gazières en Europe et seule société
occidentale présente au capital de Gazprom.

Ces tensions auront-elles un impact direct sur nos
factures d'électricité et de gaz à la fin du mois ?

Non, pas d'inquiétude à court terme, pour plusieurs raisons :

1/ La France est dépendante du gaz russe à 15% à peine.
Nos premiers fournisseurs sont la Norvège, la Hollande et l'Algérie.

2/ Depuis plusieurs années, la France diversifie son procès
énergétique avec notamment le stockage et la méthanisation.

3/ L'impact par ricochet, à long terme, sur les prix du
pétrole est peu probable. Des réactions sont possibles à court terme mais sans graves conséquences.

4/ De toute façon, l'Ukraine et la Russie sont obligées
de s'entendre. La survie de l'Ukraine en dépend. Moscou n'a aucun intérêt à
voir plonger son ancienne dépendance.

L'impact direct c'est en Russie ce matin : le rouble
chute à des records historiques de faiblesse face à l'euro et au dollar. En
réaction, à Moscou, la banque centrale annonce une hausse surprise de son
principal taux d'intérêt à 7% pour freiner la chute de la devise. Quant à la
bourse de Moscou, elle plongeait ce matin de 6%.

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