Nucléaire 2025 : quelle mouche a piqué "Atomic Anne" ?

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Le débat sur l'énergie nucléaire rebondit avec les déclarations d'Anne Lauvergeon. L'ancienne patronne d'AREVA a remis en cause l'objectif de réduction de la part du nucléaire dans la production d'électricité à l'horizon 2025. Le dossier est de plus en plus compliqué sur les plans politique et économique.

Quelle mouche a donc piqué "Atomic Anne" ? Le fait est que l'Elysée et le ministère de l'Energie ont immédiatement recadré la Dame. Qu'a dit Anne Lauvergeon précisément ? Que l'objectif présidentiel de réduire de 75 à 50% la part du nucléaire dans l'électricité dans l'hexagone dans les 12 prochaines années n'était pas réaliste, tant sur le plan économique que pratique. "Je crois que la date a été plus ou moins renvoyée à plus tard", a-t-elle précisé.
En avril déjà, la rumeur de la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires s'était répandue avant d'être rapidement étouffée.

Projetons-nous en 2025... Que se passera-t-il concrètement ?

Aujourd'hui, la France est équipée de 58 réacteurs nucléaires répartis dans 19 centrales. Ramener le parc à 24 réacteurs en 2025 supposerait d'en fermer environ 1 tous les six mois. Sur le plan technique, on n'ose imaginer l'affaire. Sans parler des conséquences sociales... et financières, à la fois pour EDF et l'Etat, actionnaire de l'électricien qui, à ce titre, en tire de gracieux dividendes. Fermer Fessenheim en Alsace, par exemple, pèserait à hauteur de 270 millions d'euros dans les comptes d'exploitation d'EDF.

Et la transition énergétique ?

C'est l'autre volet du dossier. 48 des 58 réacteurs dont dispose la France ont été mis en service entre 1979 et 89 avec une durée de vie moyenne de 40 ans. Ce qui veut dire que les premiers arriveront en fin de vie dès 2018. Les stopper immédiatement poserait de gros problèmes sur le plan technique et économique comme on vient de le voir. De plus, il faudrait recourir au pétrole ou au charbon pour prendre le relai avec tout ce que cela implique en rejet de dioyxde de carbone dans l'atmosphère.
Enfin, l'énergie éolienne et photovoltaïque coûte aujourd'hui très chère à produire (selon les estimations, jusqu'à 125 milliards d'euros à l'horizon 2025) en raison notamment des coûts d'investissement. D'ailleurs, la Commission de régulation de l'Energie nous l'a rappelé il y a quelques semaines : pour financer tout cela, il faudrait augmenter de près de 70% la contribution que l'on paye sur nos factures en fin de mois. Explosif pour les ménages comme pour le gouvernement.

C'est la dimension politique de cette affaire

Ce qui nous ramène aux déclarations d'Anne Lauvergeon – que l'on ne peut pas accuser d'ignorer le métier dans lequel elle a baigné pendant plus de 10 ans... elle sait de quoi elle parle ! Recadrage de l'Elysée donc... il faut dire que l'exercice est bigrement compliqué pour François Hollande qui doit ménager les Verts et éviter d'ouvrir un nouveau front de contestation après le bazar fiscal. Laissons arriver les fêtes de fin d'année tranquillement.
En tout cas, ce débat tombe à point nommé puisqu'un Conseil de politique nucléaire se réunit ce matin après le Conseil des ministres. Réunion prévue de longue date. Officiellement il y sera question uniquement des exportations de la filière nucléaire. Mais les discussions s'élargissent très souvent sous les ors et velours de la République.

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