Malaise à Air France : la contagion des attentes sociales

La grève des hôtesses et stewards d’Air France devrait se poursuivre jusqu’à ce soir mais les syndicats estiment n’avoir pas encore reçu de réponses satisfaisantes de la direction. Le conflit porte sur les salaires, définis par un accord qui vient à échéance à la fin de l’année. Visiblement, cette grève a surpris par son ampleur. Comment expliquer que ce mouvement ait pris de court la direction d’Air France ?

Même les syndicats ne s’attendaient pas à être aussi massivement suivis. Le caractère soudain du conflit vient rappeler que la fragilité du climat social de cette rentrée ne concerne pas seulement le secteur public. L’attente vis-à-vis du pouvoir d’achat reste dans toutes les têtes après les promesses de la campagne électorale. Quant à la pénibilité évoquée depuis des semaines pour les conducteurs de train, elle trouve naturellement un écho pour d’autres métiers, légitimes à demander eux aussi une attention particulière. C’est avec toile de fond qu’il faut regarder ce qui se passe à Air France : hôtesses et stewards expriment un sentiment de frustration. Ils constatent la bonne santé retrouvée de l’entreprise – 891 millions de d’euros de bénéfice sur 2006-2007, ce qui en fait une des compagnies les plus profitables. Un résultat auquel ils estiment avoir participé par de très gros efforts consentis depuis 10 ans. Sans en retirer le bénéfice. Dans le même temps, les conditions de travail se sont durcies : réduction des personnels par équipage sur les longs courriers, mais services plus lourds et plus individualisés en business et première classe ; temps de repos plus courts entre les « rotations », c’est-à-dire les allers-retours, sur les moyens courriers ; sans oublier la vigilance accrue pour la sécurité. Hôtesses et stewards sont en mal de reconnaissance.

Air France peut-elle répondre favorablement aux revendications ?

La direction va devoir se mettre à l’écoute car la rétition du conflit après ce soir peut fragiliser très rapidement la compagnie. Le risque est plus lourd que pour la SNCF, qui est en situation de quasi monopole. Là, il y a le choix : les tours operateurs se tournent vers d’autres compagnies pour trouver des solutions de rechange. Les compagnies à bas coût, qui font déjà un quart du trafic en Europe, en profitent. Si l’image d’Air France est ternie par l’accumulation des annulations, les clients se reporteront sur la concurrence. Air France, comme toutes les compagnies, subit aussi la hausse du kérosène et développe en même temps une politique de services à bord, devenue, selon sa direction marketing, un critère de choix. Tout cela avec prix du billet quasi constant pour rester attractive. Dans ces conditions, la marge sur les salaires est faible. Devenir une hôtesse de l’air n’est plus le rêve de toute une vie…