Le retour en grâce de la titrisation pour financer l'économie réelle

L'euro se replie légèrement. C'est la première conséquence des déclarations du président de la Banque Centrale Européenne ce week-end à Washington. Mario Dragui s'est déclaré favorable à une baisse des taux d'intérêts pour stopper une progression trop importante de l'euro.

Après avoir atteint
le mois dernier un plus haut depuis 2 ans et demi à près d'1,40 dollar, l'euro
s'échange à ce jour à peine plus d'1,38 dollars. La déclaration est
suffisamment rare pour être soulignée. Mario Dragui estime qu'une poursuite du
renchérissement de la monnaie unique nécessiterait un nouvel assouplissement de
la politique monétaire
avec des taux d'intérêt se rapprochant de 0 pour
soutenir l'activité. C'est ce que l'on appelle une politique accommodante.

Des propos relayés ce lundi matin par le Gouverneur de la Banque de France. Dans un entretien au Figaro
Economie
, Christian Noyer insiste sur le fait que la hausse de l'euro est un
véritable handicap pour les entreprises, pour l'investissement, la croissance
et, bien sûr, pour le niveau des prix.

En toile de fond, le financement de "l'économie réelle"

C'est une préoccupation
majeure à l'heure où apparaissent des signaux encourageants sur l'évolution de
l'économie en Europe, dans la foulée des Etats-Unis. Rien n'est laissé au
hasard. Une série d'outils est en train d'être mise en place, dont la titrisation
! Ce n'est pas un gros mot, retenez-le bien car vous allez l'entendre de plus
en plus.

Qu'est-ce que la
titrisation ?

C'est une technique
financière très complexe qui consiste à transformer des créances (par exemples
des prêts immobiliers) en produits financiers, en actions, en titres vendus à
des investisseurs sur le marché. Les fonds ainsi récupérés peuvent ensuite être
de nouveau injectés dans le circuit pour alimenter la croissance économique
, en
étant - entre autres - investis dans les petites et moyennes entreprises, ou bien les
ETI, les entreprises de taille intermédiaire.

Problème : c'est ce
système qui avait déclenché la crise financière internationale en 2008 avec les
fameux subprimes
! Aujourd'hui, l'Europe veut ressusciter le produit mais en
l'encadrant strictement, ce qui n'avait pas été fait aux Etats-Unis à l'époque.
Des banquiers peu scrupuleux en avaient fait une véritable machine infernale et
qui avait littéralement explosé.

Comment
faire en sorte que l'explosion ne se reproduise pas ?

En passant au tamis
les produits financiers qui seront mis sur le marché, qui composeront les
nouveaux titres, pour éviter de laisser passer des corps étrangers, des
éléments véreux et dangereux. Autre action concrète : limiter en amont les niveaux
d'endettement raisonnables. C'est un dossier sur lequel travaille avec minutie
le Commissaire européen Michel Barnier.

Les encours sur le
marché européen de la titrisation sont aujourd'hui de quelque 1.500 milliards
d'euros (4 fois moins qu'aux Etats-Unis). Sur ce volume total, seuls 200
milliards de titres ont été émis en Europe l'année dernière. L'objectif est
donc de profiter de cette manne disponible en la sécurisant au maximum.
Vendredi dernier, cinq banques françaises, dont BNP Paribas et Banque Populaire
Caisse d'Epargne, ont créé une société ad hoc dédiée à la titrisation de
créances. C'est le retour en grâce de la "bonne titrisation", en
opposition à la "mauvaise" qui avait fait tant de dégâts
outre-Atlantique, avec l'effet onde de choc dont on se souvient.

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