La France emprunte à faible coût. Mais pour combien de temps encore ?

Hier, la France a lancé un emprunt destiné à rembourser sa dette. L'échéance était considérée comme un test au lendemain de l'élection de François Hollande. Le test a réussi !

L'Agence France Trésor est parvenue à emprunter en une journée un peu plus de 9 milliards d'euros sur 2 à 10 ans à des taux d'intérêts en baisse : de 0.7% pour le moyen terme à 2,8% pour le long terme (il faut savoir qu'avant l'élection, on avait emprunté à un peu plus de 3%). Cela veut dire que les investisseurs qui ont acheté de la dette française n'ont pas exigé de rendement plus élevé pour nous prêter de l'argent.

Qu'entend-on exactement par l'expression " acheter de la dette " ?

C'est vrai que, dit comme cela, on a l'impression d'avoir affaire à des opérateurs masochistes qui aiment se faire mal en investissant dans des produits qui font mal. En réalité : chaque Etat lancent plusieurs fois dans l'année un emprunt en émettant des Obligations et l'argent ainsi récolté sert à rembourser la dette. Au bon vieux temps, les monarques recouraient aux banquiers comme les Templiers ou les Rothschild pour assurer les fins de mois difficiles. Aujourd'hui, on fait appel à des investisseurs institutionnels (les particuliers ne peuvent pas acheter de dette, sauf récemment en Belgique et en Italie où l'Etat a lancé une petite souscription publique via internet pour réveiller le sentiment citoyen). Le principe de fonctionnement se résume facilement : plus la demande des investisseurs est forte, plus les taux baissent, donc le pays emprunte à moindre coût  (car cet argent, il faudra bien le rendre un jour..). Vice versa : si l'investisseur n'est pas intéressé par la dette d'un pays car il la juge risquée, il en achète moins, les taux montent et le pays emprunte plus cher (c'est le cas aujourd'hui de la Grèce, l'Espagne ou le Portugal).


La dette de la France est donc aujourd'hui considérée comme non risquée ?*

C'est la conclusion qu'il faut en tirer effectivement... du moins à court terme Au lendemain de la rencontre Hollande-Merkel, c'est plutôt bon signe... cela veut dire que les investisseurs y ont vu un signal positif. L'Allemagne est d'ailleurs dans une configuration pratiquement identique mais le différentiel de taux est encore important entre Paris et Berlin. Et puis, autre élément non négligeable : les investisseurs jugent le marché des entreprises aujourd'hui plus risqué que les emprunts publics. Il y a donc transfert des actions vers les obligations... il suffit de regarder la déprime des marchés actions en ce moment.

Est-ce que mouvement est pérenne ?

C'est la vraie question. Nous sommes aujourd'hui dans l'euphorie d'une transition politique plutôt bien réussie en France... le tête à tête Hollande-Merkel a montré que la volonté de dialogue est manifeste... maintenant, les opérateurs vont regarder quatre points : 1/ l'attitude des agences de notation (on n'en parle moins mais elles sont toujours en veille) ; 2/ Ce qu'il va sortir des élections législatives du mois de juin... 3/ les premières mesures de politique économique que le gouvernement de Jean-Marc AYRAULT va prendre dès cet été ; 4/ notre exposition à la Grèce si cette dernière est en cessation de paiement. Pour l'instant, la France emprunte à des taux bas... il ne reste qu'à croiser les doigts pour les prochains mois.

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