Immobilier : le piège des taux variables

Les banques informent-elles bien leurs clients ? Le projet de loi sur la consommation, présenté marcredi en Conseil des ministres, va les obliger à envoyer chaque année un récapitulatif des frais qu’elles facturent. Le texte veut aussi favoriser la médiation pour résoudre les litiges sur les placements ou les crédits. Des mesures que les associations jugent très insuffisantes, d’autant que les plaintes d’emprunteurs à taux variables se multiplient ces dernières semaines…

Nicolas Sarkozy veut une France de propriétaires. Pour certains, on passe du rêve au réveil douloureux. Alors qu’on en cesse de souligner les gardes fous dans la distribution du crédit en France, entre 35 000 et 50 000 foyers ayant acheté leur logement depuis 2003 seraient aujourd’hui en difficulté. En cause : les emprunts à taux variables, sur lesquels les banques – quelques établissements spécialisés en particulier - ont beaucoup communiqué ces dernières années, parce que cela permettait d’avoir des taux au départ plus avantageux qu’en fixe, donc des mensualités plus petites. Mais depuis cette année, certains emprunteurs déchantent. Ils savaient – c’est la règle du jeu – que les taux pouvaient remonter mais on leur avait vanté des produits sécurisés par un plafonnement en cas de hausse. Or c’est loin d’être toujours ce qui se passe dans la réalité. Exemple : cet emprunteur qui a souscrit l’an dernier un prêt variable à 3 et demi %, présenté comme plafonné à de 5% en cas de hausse. Mauvaise surprise : il vient de s’apercevoir que son taux est monté à plus de 6%, avec une mensualité qui passe de 570 à 600 euros, sur une durée de 30 au lieu de 25 ans. Cerise sur le gâteau : le capital restant du est lui aussi revu à la hausse. Que s’est-il passé ? La banque précise aujourd’hui que le contrat a été mal compris. Le plafond joue sur le calcul des échéances, pas sur le crédit lui-même. Le problème, c’est qu’en réalité les clients ont été souvent mal informés, que les contrats ont été rédigés de façon obscure pour le commun des mortels. Et les plus touchés sont aujourd’hui des jeunes et des foyers à revenus modestes, à qui on avait conseillé ces formules pour faire passer leur dossier.

Est-ce que la France risque de connaître une crise semblable à celle qui frappe les Etats-Unis ?

On n’est pas dans une affaire des subprime version française, pour reprendre le nom de ces prêts hypothécaires accordées par des banquiers américains à la clientèle la plus fragile. Aujourd’hui, l’association française des banques dit avoir reçu 500 plaintes, alors qu’aux Etats-Unis, deux millions de foyers pourraient voir leur maison saisie. Il faut rappeler qu’en France, le taux fixe reste la règle pour 90% des emprunteurs. Cette année, les prêts à taux variables sont beaucoup plus rares. Certaines banques n’en proposent même plus du tout. Ensuite, il reste possible pour l’emprunteur de renégocier son crédit, même si les banques traînent souvent les pieds. Ce n’est pas le cas aux Etats-Unis. Enfin, la valeur des biens immobiliers ne s’est pas dépréciée : le capital n’est pas atteint, contrairement à ce qui se passe putre-atlantique. Il faut néanmoins tirer les leçons de cette affaire. La communication des banques devrait être plus claire mieux encadrée. Pour éviter des pratiques commerciales agressives qui poussent certains emprunteurs vers le surendettement. De ce point de vue, les mesures du gouvernement sont encore très timides.

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