Entreprises en difficultés, le gouvernement craint des dérapages sur le terrain

Pétroplus, Goodyear, Renault, Sanofi et tous les autres... va-t-on vers un durcissement des conflits sociaux au point d'en arriver à des violences incontrôlées ? La question inquiète le gouvernement qui vient de demander aux services de renseignements de la police (ce que l'on appelait avant les R.G.) de suivre au plus près les entreprises en difficulté. Ces craintes sont-elles fondées ?

La crainte du gouvernement se traduit par les mots du ministre de l'Intérieur. Manuel Valls estime que  l' ''on assiste aujourd'hui moins à des mouvements sociaux qu'à des implosions ou explosions sociales''. Dans l'Humanité hier, une militante CGT  l'exprimait avec ses propres mots : ''ce qu'on veut, c'est que notre rage passe''. La situation actuelle est encore loin des grands mouvements que l'on a connus dans la sidérurgie au cours des années 70 ou dans l'automobile dans les années 80 mais, plus que palpables, les tensions sont bien réelles.


Cela dit, ces tensions et déclarations ont toujours existé*

Il y a une trentaine d'années, chez Citroën à Aulnay, certains n'hésitaient pas à glisser des boulons dans les ailes des voitures  haut de gamme (genre CX) pour se faire entendre. Ensuite, dans les années 2000, on a vu des employés de Metaleurop, ou Continental disposer des bouteilles de gaz dans leur usine menaçant de faire sauter leur outil de travail... aujourd'hui, ce sont les syndiqués modérés qui sont pris à partie et physiquement intimidés dans l'enceinte même des entreprises. Certains leaders syndicaux ne le cachent pas : ils craignent particulièrement le dérapage des jeunes très présents notamment dans la filière logistique. Des jeunes, exaspérés, pour qui l'incertitude en l'avenir est encore plus grande que pour leurs aînés.


Et quel est le regard des experts sociaux sur ces mouvements ?*

Pour reprendre les propos de l'un d'entre eux, le climat social aujourd'hui est à l'épuisement, à la fatigue, au découragement mais pas à l'explosion. Aussi paradoxal que cela puisse paraître au regard de l'image que nous-mêmes, médias, en renvoyons chaque jour, les conflits du travail sont moins nombreux aujourd'hui qu'ils ne l'ont été. Dans leur ensemble, ces experts constatent un affaiblissement revendicatif mais un renforcement de la radicalisation, corolaire selon eux de la baisse constante du taux de syndicalisation dans les entreprises (moins de 30% aujourd'hui en France). Quel est le rôle originel d'un syndicat si ce n'est de mobiliser, certes, mais aussi et surtout de canaliser le mécontentement, d'encadrer le mouvement et de calmer l'ardeur des plus fougueux. Ce schéma est en train d'évoluer et c'est ce qui inqiète nos dirigeants. Casser l'outil de travail n'a jamais été une démarche syndicale, c'est une démarche politique révolutionnaire. Les gouvernements, quels qu'ils soient, n'ont aucun intérêt à voir passer de petits groupes sous contrôles de politiques extrémistes. Les anciens RG sont donc sur le qui-vive et considèrent la grande manifestation parisienne du 12 février prochain comme un thermomètre.

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