Emploi et compétitivité, des réformes bien tardives

L'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy dimanche soir a tourné essentiellement autour de la compétitivité et de l’emploi. Au programme : des annonces pas très populaires pour un éventuel candidat à l’élection présidentielle.

C'est un contrat un peu particulier que le Président de la République a mis entre les mains des Français. Au risque de ne pas se faire réélire (si toutefois, Nicolas Sarkozy est candidat à l’élection présidentielle, ce qui semble ne plus faire de doute). Le premier acte serait donc une augmentation de deux points de la CSG sur les revenus du patrimoine et, surtout, une augmentation de la TVA au 1er octobre prochain. 1,6% de hausse du taux supérieur qui serait ainsi porté à 21,2% pour alléger les charges des entreprises mais en alourdissant la pression sur le consommateur. Cette hausse censée ne pas concerner les produits de première nécessité touchera quand-même directement les dépenses contraintes des ménages (énergie, transports, télécoms ou encore l'habillement). Le message est clair : les Français devront faire des efforts au nom de la compétitivité de leur pays.

C’est politiquement très risqué à la veille d'une élection… qu’en est-il sur le plan économique ?

La TVA d'abord. Lorsqu'en Allemagne, les prix ont augmenté de 3%, la consommation n’a baissé que de 0.5 à 0.6%. Certes, comparaison n'est pas raison mais on peut souhaiter que l’impact de la hausse de la TVA en France soit proportionnellement limitée. L'emploi ensuite. En 2000, la France avait un coût du travail 10% plus faible que l’Allemagne. Aujourd’hui, la production française coûte 8% plus cher. Baisser le coût du travail en France est nécessaire. Quant aux créations d’emplois attendus par la baisse des charges : les estimations tournent autour de 200 à 300.000 mais à horizon 2 ou 3 ans. Ce n’est pas du court terme, cela est un vrai problème.

D’autres aspects économiques de l’intervention du chef de l’Etat ont retenu votre attention ?

Il y a les fameuses 35 heures... Nicolas Sarkozy n'a pas l'intention de toucher à la loi et préfère permettre aux partenaires sociaux de jouer la flexibilité en négociant entreprise par entreprise (la contrepartie est de pousser les employeurs à embaucher plus de jeunes). Ensuite : le logement (cette préoccupation est également celle de François Hollande). Le Président de la République a annoncé que les propriétaires pourront bientôt agrandir leurs logements de 30% sans permis de construire. Cette mesure devrait avoir un impact mécanique positif sur l’emploi dans le secteur du BTP notamment.
Rupture donc... on voit bien le timing de ces annonces à la veille de la Présidentiellle. Mais ces réformes, on aurait pu les introduire plus tôt - il y a 2 ou 3 ans - pour mieux les négocier avec les principaux intéressés et prendre le temps de les expliquer. Telle qu’elles ont été annoncées hier soir, les mesures apparaissent comme un argument politique décidé dans l’urgence et ne relevant en aucun cas d'une réflexion de politique économique digne de ce nom.

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