Chypre, souris de laboratoire de la finance européenne

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Le plan de sauvetage élaboré pour Chypre servira-t-il de base à un programme plus large destiné à l'ensemble des banques de la zone euro ? Le Président de l'Eurogroupe affirme qu'il n'en est rien mais ses déclarations sont ambiguës.

Yeroen Dijssenbloem ferait bien de prendre quelques cours de
communication de crise. Hier, en l'espace de quelques heures, on a tout
entendu. A force de multiplier les déclarations contradictoires, le ministre
néerlandais des Finances est en train de semer une belle pagaille. Derrière ces
tergiversations se trame en réalité la réforme qui vise à instituer une union
bancaire en Europe.

Les banques qui ont mauvaise presse, ce n'est pas nouveau.
Il n'y a pas uniquement celles qui posent problèmes (on regarde en ce moment de
très près les banques slovènes)... les établissements censés être plus costauds
ne sont pas épargnés. Si on se penche uniquement sur la France, dans une
récente étude de Stabard and Poor's, seuls 4 établissements français figurent
parmi les 50 premiers jugés les plus sûrs au monde : le Crédit Mutuel, la Banque
Postale, les Banques Populaires et la CDC (même si celle-ci n'est pas une
banque commerciale).

Sur quoi repose concrètement cette union bancaire dont on
parle tant et qui tarde à voir le jour ?

L'Union bancaire, ce sont 3 axes principaux : une
supervision (une surveillance) commune des banques via la BCE (cela est acquis)
; un système commun d'assurance des dépôts (aujourd'hui, la règle est de ne pas
toucher aux comptes inférieurs à 100.000 euros... ce montant évoluera-t-il ?
Question !) ; enfin, un dispositif commun de résolution des problèmes. Sur tous
ces points, Chypre va permettre de donner un coup d'accélérateur au processus.

Mais pourquoi plus Chypre que d'autres pays ?

C'est vrai, il y a eu la Grèce, l'Espagne, l'Irlande, le
Portugal... mais régler leur cas à la hussarde comme on l'a fait avec Chypre
aurait eu un impact beaucoup plus lourd sur l'économie européenne. Que pèse
Chypre aujourd'hui ? : ¼ de l'économie grecque, à peine 0.1% du PIB
européen... à peine plus d'un millions habitants... l'équivalent de la région
France-Conté. Chypre c'est aussi un secteur bancaire surdimensionné (8 fois la
richesse nationale, avec des coffres au contenu pas très reluisant). C'est cela
que Bruxelles ne veut plus voir. L'idée est donc de créer un standard européen
pour limiter le poids du secteur bancaire dans les économies nationales.
Seulement voilà, il faut convaincre tout le monde et mettre la pression. Sous
couvert d'une nécessaire opération mains propres, Chypre était le lieu d'où
l'on pouvait lâcher un ballon d'essai sans trop se risquer... le problème, c'est
qu'on ne l'a pas du tout maîtrisé et il nous a échappé. Nicosie est devenue en
l'espace de quelques jours la souris de laboratoire de la finance européenne.

Cela semble avoir été mal expliqué...

On
voit les premiers effets sur l'euro : il est tombé au plus bas depuis 4
mois face au billet vert à moins d'1,29 dollars. C'est bon pour nos
exportations mais il ne faudrait pas que cela tourne à un mouvement de défiance
vis à vis de l'économie européenne. En une seule semaine, on a perdu en temps
et, surtout, en crédibilité.

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