Arcelor-Mittal, la fin des illusions

Le bras de fer est engagé entre le gouvernement et ARCELOR-MITTAL autour de l'avenir de Florange en Moselle. Matignon veut trouver un repreneur pour le site lâché par son propriétaire. Peut-on encore sauver Florange ?

Les hauts fourneaux, il y a très peu de chance. Le problème de Florange est plus généralement celui de la désindustrialisation. Un chiffre illustre parfaitement ce mal qui nous ronge. Entre 2000 et 2010, la consommation d'électricité par l'industrie française a chuté de moitié. Traduction : les grands groupes sont partis - et continuent - de s'installer où est le client, dans les zones à fort potentiel de croissance : l'Inde, la Chine et la Russie. Lorsque le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg clame haut et fort qu'il va ''contacter tous les sidérurgistes du monde'' pour savoir si l'un d'entre eux veut reprendre Florange... non seulement l'envolée lyrique est grotesque, mais comment le ministre peut imaginer une seule seconde une telle perspective ? La métallurgie française n'intéresse plus personne. Elle fait aujourd'hui les frais du manque d'investissement de ces dernières années. A Florange, MITTAL n'a pas rajeuni l'outil de travail. Pour remettre d'aplomb la partie "chaude" du site, il faudrait dépenser jusqu'à 600 millions d'euros sur cinq ans. A quoi on ajoutera la concurrence du renouveau énergétique américain. Une énergie moins chère (notamment grâce au gaz de schiste) qui dynamise l'industrie chimique et, dans la métallurgie justement, permet de développer les aciers spéciaux de plus en plus recherchés.

Pour revenir à Florange, l'Etat peut-il faire pression sur Mittal ? Peut-il nationaliser l'entreprise comme certains syndicats le réclament ?

La nationalisation ? Même les héritiers de François Mitterrand n'osent plus mettre le sujet sur la table. Du moins pas dans l'état actuel des finances publiques. Quant aux moyens de pression, la loi promise par François Hollande pendant la campagne pour contraindre le propriétaire d'une entreprise à la revendre en cas de difficultés, cette loi n'est pas encore passée devant les Parlementaires. Non, la vraie question est celle de la reconversion. Reconversion industrielle, et reconversion des salariés. François Hollande ne sauvera pas plus Florange que Nicolas Sarkozy n'a réussi à sauver Gandrange malgré les nombreuses promesses. Il ne faut pas oublier que MITTAL, ce sont encore près de 20.000 emplois entre la Moselle, Fos sur Mer et Dunkerque. Les pressions dans les bureaux feutrés doivent être mesurées pour éviter tout clash qui serait plus dommageable encore sur le plan social. Pour ce qui est de la verve déployée par le ministre Arnaud Montebourg, le cas mosellan montre que le redressement productif ne se décrète pas. Fini le temps des invectives. La rhétorique Montebourg a montré ses limites, à l'avenir, seuls les actes compteront. Les salariés de Florange l'ont bien dit : ils ne se laisseront pas enfumer.

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