Alcatel-Lucent : 1 + 1 ne font pas 2

Le groupe d’équipements télécom Alcatel Lucent s’enfonce dans la crise. Il a annoncé mercredi 31 octobre 4 000 surpressions d’emplois supplémentaires d’ici 2009 après celles annoncées en début d’année. Moins d’un an après la fusion entre le Français Alcatel et l’Américain Lucent, comment en est-on arrivé là ?

C’est la preuve que 1 +1 ne font pas forcément 2. Alcatel-Lucent, c’est l’arrière boutique de toutes les technologies télécoms que vous utilisez, dans le fixe, le mobile, l’Internet, même si vous ne voyez pas. Le groupe fournit aux grands opérateurs et gère des réseaux d’entreprises. Annoncé il y a un an, le mariage de deux géants de l’équipement télécoms avait fière allure : 81 000 salariés, un chiffre d’affaires cumulé de 21 milliards d’euros réparti sur trois continents, des places fortes : l’Amérique pour l’un, l’Europe pour l’autre ; des positions de leaders sur des segments complémentaires du marché. Le cocktail doit lui permettre de s’imposer comme premier fournisseur mondial de télécommunications. Mais le courant n’a pas bien circulé dans le nouvel ensemble : dès février 2007, 12 500 suppressions d’emplois, plus que prévu, sont annoncés, dont 1 500 en France, la dégringolade en bourse atteint 40% depuis le début de l’année, après une succession d’avertissements sur les résultats. Ca tient au marché des télécoms, qui a beaucoup ralenti par rapport aux années écoulées. Ensuite, il y a la pression sur les prix : fini le temps où Alcatel profitait naturellement des commandes de France Telecom dans un contexte de monopole. Désormais, les grands opérateurs font jouer à plein la concurrence. On voit ainsi s’imposer un chinois, Huawei, qui casse les tarifs et remporte contrat sur contrat en Europe. L’effet de taille du nouveau groupe n’a pas fonctionné.

Que va-t-il se passer sur le plan social en France ? Et sur le management du groupe ?

Les réductions de poste en France pourraient être plus limitées qu’ailleurs. Le dossier est suivi de très près à l’Elysée et à Matignon, d’autant qu’Alcatel est bien implanté en Pays-de-Loire, la région de François Fillon. Sur le management, un éventuel départ de la directrice générale, qui est loin d’être acquis, l’américaine Patricia Russo, sanctionnerait des erreurs stratégiques. Car dans ce nouveau groupe les synergies n’ont pas fonctionné ; les équipes ne sont pas parvenues à travailler ensemble et à harmoniser leur organisation, très centralisée chez Lucent, éclatée chez Alcatel. Preuve que marier deux entreprises aux cultures différentes – bien que la langue officielle d’Alcatel soit depuis longtemps l’Anglais – n’est pas chose facile. En un an, l’ensemble a laissé filer 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Ce qui n’empêcherait pas Patricia Russo de percevoir, si elle devait finir par s'en aller, 2 millions et demi d’indemnités…