AAA : le pied de nez de l'Agence France Trésor aux agences de notation

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Malgré sa perte du AAA, la France a passé avec succès le test de l'emprunt sur les marchés hier. Est-ce une victoire ou plutôt une revanche du Trésor français sur les agences de notation ?

Je pense qu’il faut surtout y voir une semaine de vérité, notamment pour les agences de notation. D'ailleurs, les places financières ne s'y sont pas trompées : vendredi dernier, après ses menaces à répétition, Standard and Poor’s passait à l’action en faisant perdre à la France son AAA… depuis – c’est à dire en six jours – le CAC 40 a gagné plus de 4%.
Concrètement, lundi, la France avait déjà pu emprunter sur du court terme sans difficulté. Hier, c’est de l’emprunt à long terme, plus problématique, qu’elle souscrivait. Tous s’est bien passé : l’Agence France Trésor, qui gère notre dette, et donc son remboursement, a réussi à emprunter neuf milliards et demi d’euros à des taux défiant toute concurrence (écoutez bien : 1,07% sur 10 ans contre 2,3% lors du dernier emprunt avant perte du AAA).

Présentée comme mauvais élève, la France n’a donc pas été sanctionnée. Pourquoi ?

On l’a déjà dit : les marchés avaient anticipé la dégradation de la France. Mais plusieurs autres facteurs ont joué : le Fonds Monétaire International vient de réaffirmer qu’il ne laisserait pas tomber la zone Euro.
La semaine dernière, la Banque Centrale Européenne a prêté près de 500 milliards d’euros aux établissements financiers privés… autant d’argent que les banques du Vieux Continent vont utiliser pour racheter de la dette.
C'est, aussi, la confirmation que les investisseurs n’ont que faire de l’avis des agences de notation concernant les Etats. Ils se réfèrent aux agences pour sonder les reins et les cœurs des entreprises privées dans lesquelles ils souhaitent placer leur argent mais pour les Etats, les banques ou fonds de pension disposent de leurs propres indicateurs.
Enfin, les opérateurs préfèrent financer leur propre pays. Les banques françaises vont plus facilement acheter de la dette française, les banques espagnoles, de la dette espagnole. C’est ce que l’on appelle en période de crise un « réflexe domestique ».

Un réflexe plutôt paradoxal à l’heure de la difficile construction européenne.

Cela soulève notamment la question du rôle de l’euro. La monnaie unique devrait pousser les européens à orienter leur épargne vers les zones qui en ont le plus besoin. On en est encore très loin, preuve qu'une vraie gouvernance politique et économique de l’Europe reste à construire.