Plombier polonais : à travail égal,salaire égal ?

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Voici le retour du plombier polonais accusé, à la fin des années 90, de casser les marchés avec son salaire ridiculement bas et à l’origine ou presque du Brexit. Cette question du dumping social causé par les travailleurs détachés en Europe refait surface.

Manuel Valls s’est fâché. La France, a-t-il dit, pourrait ne plus appliquer la directive sur les travailleurs détachés si Bruxelles n’accepte pas une nouvelle mouture. Cette directive prévoit aujourd’hui qu’une entreprise puisse envoyer ses salariés travailler n’importe où dans l’Union, à condition qu’ils perçoivent au moins le salaire minimum et respectent les règles de temps et de conditions de travail du pays dans lequel ils sont envoyés, pour une période limitée à deux ans mais avec possibilité de dérogation.

C’est la fameuse directive Bolkenstein très décriée lors de son adoption en 96, notamment parce que les salariés restent sous le régime et les cotisations sociales de leur pays d’origine. C’est ce que dénonce le premier ministre français. Ils ne paient pas, dit-il, les mêmes cotisations sociales, ce dumping est insupportable.

Cotisations sociales : la grande disparité européenne

La directive Bolkenstein n’impose pas le principe du travail égal-salaire égal pour les salariés venus d' ailleurs dans l’Union européenne. Ce qui signifie qu’à un même poste de travail, un Roumain ou un Bulgare peut toucher le SMIC tandis que son collègue français est payé davantage. Quant aux cotisations sociales, la disparité est énorme au sein de l’Europe. Par exemple, en France, sur son salaire brut, un salarié paie 25 % de charges sociales, et son patron plus du double tandis qu’en Suède par exemple,  c’est 31 % de charge pour le patron et une exonération complète pour le salarié.

En Pologne, chacun paie  21 % comme en Allemagne, avec 20 %. En résumé, la France est championne d’Europe des charges salariales et patronales. Ce qui rend à peu près tous les travailleurs détachés extrêmement compétitifs, qu'ils soient polonais, roumains, bulgares ou autres. Et qui repose l’éternelle question du coût du travail en France.

Travailleurs détachés : combien sont-ils ?

Ils sont près de 2 millions soit 0,7 % du nombre de salariés en Europe, dont la moitié en Allemagne, Belgique et France, pays de prédilection des salariés polonais bien plus que le Royaume Uni. On les trouve presque pour moitié dans le bâtiment et les travaux publics, dans la santé, les abattoirs pour des missions d’environ quatre mois.

En France, le nombre de ces salariés a considérablement augmenté cette année

Selon la commission, on en compte 400 000. Et c’est évidemment sans compter les abus et les fraudes du travail au noir. Et sans le dumping social créé de fait par les disparités des cotisations sociales. On considère qu’un travailleur détaché coûte en moyenne deux fois moins qu’un salarié français. Marianne Thyssen, la commissaire chargée de rouvrir le débat sur la directive européenne, veut instaurer le principe du  travail égal- salaire égal, mais juste après le Brexit, c’est le pire moment. La France, l’Allemagne, la Belgique, mais aussi la Suède, les Pays Bas où le Luxembourg y sont favorables. Mais en rouvrant la boîte de Pandore, on risque de mécontenter les pays de l’Est européen. Et de fracturer encore davantage une Europe qui ne sait déjà plus quel est son avenir.

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