Europe, le coût de l'immigration clandestine

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La photo du jeune kurde syrien, mort noyé sur une plage de Turquie, a mis les Européens face à leurs responsabilités, mais aussi face aux manques de l'Europe. Peut-elle supporter le poids, y compris financier, de ces migrants ? Au delà de l'humanitaire, il est urgent d'y répondre.

L'immigration clandestine dont on parle depuis des mois s’est incarnée cette semaine à travers la photo de ce jeune kurde syrien de trois ans retrouvé mort sur une plage de Bodrum en Turquie.

Au regard du tragique de de la photo, poser la question du coût de l’immigration clandestine paraît trivial. Elle se pose pourtant dans une Europe qui peine à sortir de la crise et dont les budgets sont encore sous le signe de l’austérité. Ça n’est pas politiquement correct, mais c’est une réalité.

Difficile pour l’instant de faire un bilan mais en France en 2013, un rapport de la Cour des comptes estimait qu’il fallait compter un peu plus de 13.000€ par réfugié, jusqu’à ce qu’il obtienne l’asile. Quant à ceux qui sont déboutés, il en coûterait au budget français un peu plus de 5.500 € par personne. La dépense totale pour la France s’est élevée il y a deux ans, à près de deux milliards d’euros. Sans doute le double cette année, compte tenu du nombre grandissant de migrants qui arrivent.

Ce qui coute si cher aux États en général et à la France en particulier, c’est d’abord l’allocation temporaire d’attente, 336 € par mois. Une allocation temporaire qui dure puisque les services de l’OFPRA, débordés, mettent plus d’un an à accorder un statut. A laquelle s’ajoute la couverture maladie sous différentes formes, le coût des logements d’urgence et des billets de retour pour ceux qui sont déboutés et renvoyés chez eux. Le scénario est à peu près le même dans tous les pays de l’Union. En Allemagne, le gouvernement a d’ailleurs débloqué 500 millions d'euros d’aide à l’accueil des réfugiés pour les communes aux finances à peine remises de la crise et qui sont débordées.

Pas vraiment. La seule chose que fait l’Europe à l’heure actuelle, c’est de financer la lutte contre l’immigration clandestine avec Frontex et l’opération Triton. Et avec l’impuissance que l’on constate. En 15 ans,13 milliards d’euros y ont été consacrés par Bruxelles, soit  moins d’un milliard par an sur un budget européen de 142 milliards annuel. Moins d’1% , c’est peu. Le rédacteur en chef d’Alternatives Économiques , Guillaume Duval, dans une tribune, réclame un plan Marshall européen pour ces réfugiés. Ça paraît tomber sous le sens. Merkel, poussée par l’opinion, Hollande et les autres Européens exigent une meilleure répartition dans les pays, des quotas, mais ça n'est pas suffisant et ça ne fait pas une politique.

Non seulement les accueillir mais aussi leur offrir un avenir. Surtout les pays dont le chômage tourne autour de 5%, et qui manquent de main d’œuvre. C’est le cas du Royaume Uni, de l’Allemagne, de l’Autriche mais aussi de la Pologne, de la République Tchèque et même de la Hongrie. Mais les pays de l’Europe centrale ont la mémoire courte et ont oublié la solidarité dont ils ont eux-mêmes bénéficié.

Quant à l’Europe, elle n’a ni réelle politique migratoire commune, ni de droit d’asile unifié, ni même de budget pour l’accueil, et doit surmonter sa peur de la montée des nationalismes. Pourtant, l’immigration légale, ce sont aussi à terme des gens au travail, des enfants que l’on forme, des impôts et des cotisations sociales qui rentrent. Les 500 millions d’européens devraient pouvoir faire de la place aux 500.000 réfugiés qui pourraient arriver cette année. Sans se sentir spoliés, ni oublier leur sens de l’humanité. 

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