Edwy Plenel : "Une enquête, c'est toujours un puzzle"

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Le journaliste Edwy Plenel est un des fondateurs de Mediapart, le site d'information en ligne qui a révélé, notamment, les écoutes clandestines dans l'affaire Betancourt. Puis il y a eu l'affaire Cahuzac. Et tout récemment, c'est Mediapart qui a sorti l'affaire Aquillino Morelle avec les accusations de conflits d'intérêt entre l'IGAS et un laboratoire pharmaceutique ainsi que l'affaire dite "du cireur de chaussures".

Mais Edwy Plenel ne sort pas que des scoops. Il dit aussi
parfois des bêtises comme, trois jours avant la nomination de Manuel Valls à
Matignon, lorsqu'il a déclaré, le vendredi matin : "Il n'y aura pas de
Manuel Valls Premier ministre, c'est impossible".

Edwy Plenel plaide
coupable et donne une leçon de journalisme. Autre contradiction relevée dans la
vie et l'œuvre d'Edwy Plenel : il ne cesse d'exiger (dans ses enquêtes
journalistiques) que chacun respecte la loi républicaine. Par exemple, que
Cahuzac, ministre du Budget, n'ait pas de compte en Suisse. Or,  dans le
même temps, il milite en faveur des sans-papiers, qui par définition, sont hors
la loi. Une contradiction qui ne lui pose pas de problème puisque la défense
des sans-papiers et, surtout, la lutte contre la xénophobie et le racisme sont
au cœur de son nouveau livre, "Dire non" (aux éditions Don
Quichotte).

 

"Dire non" Edwy  Plenel

La France ressemble ces temps-ci à un Titanic dont
l'équipage dirigeant irait droit vers l'iceberg, le sachant et le voyant mais
ne trouvant rien pour l'empêcher. Économique, sociale, démocratique,
européenne, culturelle, écologique, etc. : les crises s'accumulent dans
une confusion du sens et une perte de repère dont aucune force ne semble
capable de dénouer les fils, à l'exception des tenants de la régression la plus
obscure vers le plaisir de détester ensemble – les Roms, les Arabes, les Juifs,
les étrangers, le monde, les autres, tous les autres.

Nous ne sommes pas condamnés à cette fatalité. Urbaine,
diverse et mêlée, dynamique et inventive, la France telle qu'elle est et telle
qu'elle vit n'est pas conforme à cette image de régression, de division et de
repli. Mais, entre cette réalité vécue et la politique supposée la représenter,
le gouffre ne cesse de se creuser. Aussi la crise française est-elle d'abord
une crise politique, crise de représentation, crise des institutions, fin de
régime. Celle d'une République épuisée, à bout de souffle, impuissante et
illisible, condamnée à vivre dans l'instant sans que le passage de l'hystérie
sarkozyste à l'apathie hollandaise change la donne.

Allons-nous subir ou réagir ? Ne nous revient-il pas,
dans la diversité de nos attentes et de nos espoirs, de relever la France en
réinventant sa République, une République enfin conforme à sa promesse de
liberté étendue, d'égalité approfondie et de fraternité retrouvée ? Ne
sommes-nous pas requis, sauf à définitivement accepter cette servitude
volontaire des peuples qui ne savent plus dire " non " ? Dire
non est cet appel au sursaut, un sursaut démocratique et social qui rassemble
et conforte afin de trouer l'épais brouillard qui, aujourd'hui, voile
l'espérance.

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