Éloge de la pourriture

Pour cette dernière chronique de la semaine Cécilia Gabizon aimerait évoquer une femme étonnante Genevieve Anhoury qui consacre sa vie à la pourriture. Cette photographe et documentariste est fascinée par ce processus de métamorphose. Sans pourriture, sans décomposition, nous serions recouverts par les matières mortes…

Bref point de vie sans pourriture comme elle le raconte dans une série que l’on peut voir sur le web qui s’appelle La nuit du vivant

Une passion acquise lors d'une balade en forêt

Cet amour de la décomposition lui a pris petite lorsqu’elle marchait dans la foret au Liban avec son père, lui même féru de botanique. Son regard était attiré par des fruits pourris au sol. En regardant de très près leur écorce, et le petit halo formé par les moisissures elle était fascinée par leur ressemblance avec les planètes. Et c'est vrai, vous ferez l'expérience, que c'est frappant. Depuis qu'elle a découvert cette face cachée du fruit, elle regarde tout de très très près. elle passe courgettes aubergines et abricots en décomposition sous l’objectif de son appareil photo et au microscope, car pendant que la mort avance silencieusement, la pourriture s’agite.

Vers et acariens  

Des vers bien sur. Mais pas que. Des scènes de la vie ordinaire ou presque. Elle m’a racontée émerveillée comment elle avait surpris des acariens en train de manger et même de s’accoupler sur la croute d’une mimolette extra vieille. Et chaque fois qu’elle en parle, ses yeux pétillent. Ses amis, pour lui faire plaisir, lui apporte des fruits pourris parfois emballés dans du papier cadeau. et cette semaine la responsable de la collection de moisissures du Musée d’Histoire naturelle l’a appelée toute excitée car elle avait sous la main une moisissure nouvelle sur des pruneaux. Car pour asseoir sa passion, Geneviève en a fait un sujet scientifique. Et la pourriture a plutôt la cote chez les savants et les gastronomes

La pourriture est utile

Elle est indispensable à la planète Nous humains trimbalons un kilos et demie de bactérie dans notre corps pour nous aider à digérer. Elle sert aussi à conserver la nourriture comme une sorte de cuisson à froid. Et beaucoup des mets délicieux que nous venons de déguster pendant les fêtes sont les enfants de la pourriture. Les fromages bien sûr, le pain, les champagne, le vin. Mais aussi les très bonnes viandes que les bouchers laissent faisander pour les attendrir et enrichir leur saveur. Si l’on surmonte son dégoût...la pourriture ouvre un monde de raffinement…

Pour en savoir plus sur Geneviève Anhoury

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