"Il a parfaitement les pieds sur terre" : les confidences d'un ancien proche de Carlos Ghosn

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Samedi Investigation s’intéresse à la vie de Carlos Ghosn au Liban, avec le témoignage d'un ancien membre de sa famille, qui a grandi à ses côtés.

"Discipline et ordre", voilà les deux mots principaux que retient Charles Bichara, un ancien cousin par alliance de Carlos Ghosn, à propos de leur enfance passée chez les pères jésuites, à Notre-Dame de Jamhour, aux portes de Beyrouth. L'ancien PDG de Renault-Nissan s'est réinstallé dans la capitale libanaise, sa ville de jeunesse, après sa fuite du Japon.

"Il faut savoir que nous sommes formatés chez les pères jésuites. L'ordre, la discipline...", confie en exclusivité à la cellule investigation de Radio France Charles Bichara, qui fait partie de l'entourage de la première femme de Carlos Ghosn. "Dans les cours d'éducation physique, on était au garde-à-vous en rang et on marchait au pas. Si vous levez la main et que le prof ne vous donne pas la parole, vous vous taisez et vous attendez votre tour."

Lorsque vous sortez de chez les pères jésuites, vous avez déjà la discipline militaire.

Charles Bichara

à la cellule investigation de Radio France

Carlos Ghosn a grandi au sein d’une grande famille chrétienne maronite. Sa mère décide de le scolariser chez les jésuites pour développer ses aptitudes, mais aussi forger son caractère, en faire un chef. Enfant, Carlos Ghosn a une santé fragile, mais il se montre très vite brillant pour ne pas dire surdoué. Charles Bichara raconte que chez les jésuites, son futur cousin va bien s'endurcir et prendre des coups de baguette sur les doigts. "On était capable, en sortant de chez les pères jésuites, de nous auto-discipliner totalement. Cette discipline est restée totalement ancrée en nous", relate Charles Bichara.

"J'attends qu'on me sollicite"

À Beyrouth, Carlos Ghosn est quasiment intouchable. C’est quelqu’un que les élites regardent avec fierté, un peu comme un héros, si l’on en croit son cousin. L'ancien patron de Renault-Nissan connaît aussi très bien les grands dirigeants de son pays, il avait même un temps envisagé de se lancer en politique au Liban, confie Charles Bichara : "Il a essayé de faire quelques soubresauts en politique, pour des postes de ministre. Il a commencé à tâter le terrain, voir s'il y avait autre chose possible, mais bon, il n'était pas fait pour ça."

L'ancien proche se souvient d'un échange à ce sujet : "Quand je lui ai posé la question, il est resté extrêmement évasif. Je lui ai dit 'mais qu'est-ce que tu attends pour être président de la République', il m'a dit 'j'attends qu'on me sollicite'."

Exfiltration en hélicoptère

Si la vie de Carlos Ghosn au Liban n'a pas été un long fleuve tranquille, il a toujours été traité comme quelqu'un de haut placé. Par exemple, lors de la guerre de l'été 2006 (Israël bombarde alors le Hezbollah), les services spéciaux français interviennent pour le mettre en sécurité.

"Il était à Beyrouth, en pleine guerre, les Israéliens bombardaient, la DGSE est venue immédiatement l'exfiltrer en hélicoptère, lui et sa famille, se souvient Charles Bichara. D'ailleurs son autre cousin était numéro 3 de Nissan. Eux aussi ont été exfiltrés en hélicoptère par la DGSE quand ils étaient au Liban."

Lustres et sarcophages

La demeure des Ghosn à Beyrouth, dans le quartier chrétien d'Achrafieh, est très luxueuse. Nissan l'avait rachetée et rénovée pour l'ancien magnat de l'automobile, explique le journaliste de L'Obs Clément Lacombe : "C'est une magnifique maison qui a été payée 9,5 millions de dollars, auxquels se sont rajoutés 7,2 millions de dollars de rénovation, cinq étages, cave à vin, salle de gym. Il y a deux lustres à 65 000 dollars, qui ont été payés bien sûr par Nissan."

Pendant les travaux, les ouvriers ont mis à jour de vieux sarcophages. Il a donc été installé un sol transparent pour que les personnes dans la maison puissent les admirer.

Clément Lacombe, journaliste à "L'Obs"

à la cellule investigation de Radio France

Carlos Ghosn a par ailleurs toujours des activités commerciales au Liban. Dans l’immobilier et dans le vin. Il a notamment investi dans la société Enoteca, qui est la plus grosse société de négoce en vin dans le pays. Il a ensuite cédé une partie de ses parts à sa première femme, lors de leur divorce. Mais il possède aussi Ixsir, un luxueux domaine viticole. Il y a un château, qui héberge un restaurant très haut de gamme.

"Il y a deux ans, j'ai mangé à Ixsir, vous mangez sous les vignes vierges, c'était excellent", décrit Charles Bichara. "Vous allez vous servir dans d'immenses plats, on mangeait sous la tonnelle, j'aime autant vous dire que c'était excellent. Il avait certainement exigé l'excellence. C'est quelqu'un qui a su parfaitement gérer et qui surtout a parfaitement les pieds sur terre."

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