Vincent Peillon face au "corporatisme" enseignant

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Actualité marquée aujourd'hui par la présentation du projet de loi pour la refondation de l'école au Conseil des ministres.

Peut-on vraiment parler de refondation ?

Il y a
la lettre et l'esprit. Si on s'en tient à la lettre, c'est plus une loi de
"réparation" – j'emprunte l'expression au pédagogue Philippe Meirieu – qu'une loi de refondation.

Le texte recrée ce que la droite
avait supprimé depuis 2002, à commencer par des postes, mais aussi la
formation des enseignants, le Conseil national des programmes, le Haut Conseil
de l'évaluation de l'école, la scolarisation des moins de trois ans en zone difficile,
les parcours artistiques et culturels...

Le texte introduit aussi quelques
nouveautés, mais des nouveautés qui étaient soit déjà dans les cartons soit
déjà expérimentées en 2002, comme le principe "plus de maîtres que de classes"
dans les écoles primaires.

Ce qui renforce cette impression de déjà-vu, c'est
aussi qu'on retrouve des points forts de la loi d'orientation Fillon de 2005,
notamment le fameux socle commun que tous les élèves sont censés maîtriser à la
fin du collège. Et puis sur le terrain les enseignants mais aussi les parents
constatent bien que certains dispositifs lancés sous la droite perdurent.

Ca,
c'est pour la lettre. Et pour l'esprit ?

A
l'évidence le ton a changé. On passe d'un discours de défiance vis-à-vis de
l'école et des enseignants à un discours de confiance, on passe de références
puisées plutôt dans le libéralisme à un ancrage dans les racines de l'école
républicaine – Jules Ferry et Ferdinand Buisson.  La question de l'autorité de l'école n'est
plus posée en termes sécuritaires mais à travers l'autorité des savoirs, la
légitimité de l'institution, la notion de morale laïque. Ce n'est pas pareil.

Et
pourtant, certains enseignants sont en grève aujourd'hui, et la grève
parisienne d'hier dans les écoles primaires a été massivement suivie. C'est
le fameux "corporatisme" des syndicats enseignants ?

Ce
n'est pas certain.

D'abord
quand les syndicats appellent à la grève, ils mobilisent 30%, 35% maximum des
personnels – ce sont des chiffres constants depuis dix ans. Quand vous faites
85% comme hier à Paris, cela dépasse très largement le cadre syndical.

Ensuite
il y a des signaux d'alerte envoyés depuis trois mois par les enseignants de
primaire (par les parents) et que le gouvernement ne semble pas prendre très
au sérieux. La révolte des "dindons", ces enseignants de base, comme ils se
définissent, qui se plaignent de leurs conditions de travail, et qui ne veulent
pas être les "dindons" de la farce de la réforme.

Ce sondage du Snuipp-FSU qui
montrait que la priorité absolue des professeurs des écoles, aujourd'hui,
n'était ni la réduction des inégalités ni la formation du citoyen, mais
l'amélioration des conditions de travail au quotidien.

Il y a aussi une
contestation larvée en Seine Saint-Denis, des parents mais aussi de certains
enseignants, sur le manque de moyens, et quand la Seine Saint-Denis tousse, la
France s'enrhume.

En somme, il y a les ferments d'une révolte qui n'a pas
forcément à voir avec des réflexes corporatistes pavloviens. En tout cas les
syndicats ne me semblent pas plus corporatistes que quand la droite était au pouvoir. La seule
différence, c'est qu'à l'époque la gauche politique et médiatique ne trouvait
rien à y redire

Enfin,
il y a cette coïncidence entre la concertation générale, sur la loi, et la
question de la réforme de rythmes scolaires, qui vient tout parasiter.

Une
réforme sur laquelle il y a bien eu débat et concertation

Tout dépend ce qu'on appelle concertation. Du point de vue de certains
enseignants, le fait de réunir pendant l'été quelques centaines de cadres du
système, d'experts, de représentants syndicaux, et quelques rares enseignants
de terrain, cela ne fait pas une concertation, même si un site internet avait
été ouvert pour que les gens s'expriment.

Idem sur les rythmes, où on voit bien
à la réaction des collectivités territoriales, qui sont en première ligne dans
cette réforme, qu'il n'existait pas de consensus au moment de l'annonce.

Quant à la concertation sur cette question des rythmes menée sous Luc
Chatel, elle était compliquée à "vendre" : elle avait été conduite par un homme
de gauche, Christian Forestier, qui d'ailleurs a été un des quatre responsables
de la concertation Peillon. Tout cela produit un brouillage politique pas
évident à gérer.

La refondation ne fait que
commencer

Les dispositifs proprement
législatifs du texte sont finalement peu nombreux et tout sera affaire de
décrets et de circulaires qui seront distillés au fil des semaines et qui
d'ailleurs permettront autant de mises en avant du ministre et de son action,
un peu comme à l'époque de Jack Lang, qui n'avait pas fait de lois mais qui
enchaînait les plans divers et variés.

Tout cela à condition évidemment que la
contestation enseignante ne s'amplifie pas.

 

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