Une bonne orthographe fait de bons lecteurs

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Réconcilier les enfants avec l'orthographe permettrait aussi d'en faire de très bons lecteurs. C'est ce qu'affirme le chercheur et formateur André Ouzoulias, dans une série d'articles qui viennent de sortir sur le site Le Café pédagogique.

Le Café
pédagogique, site internet sur l'actualité de l'enseignement, rappelle ces données alarmantes : 
"les performances en orthographe des
élèves se sont littéralement effondrées dans les vingt dernières années. Le
niveau des élèves de 5e de collège en 2007 était similaire à celui des élèves
de CM2 de 1987 ! Et le niveau des élèves de ZEP de 3e marquait une baisse plus
dramatique encore, de 4 années environ
".

Et cela a des conséquences directes sur le niveau en
lecture...

Oui.
C'est ce qu'explique le chercheur André Ouzoulias, pour qui l'orthographe "sert principalement à lire de
manière véloce et efficace et, pour le jeune lecteur, à enrichir plus aisément
son vocabulaire à travers ses lectures
".

Pour vous en convaincre, il prend
un exemple difficile à traduire à la radio, mais vous pouvez faire le test sur
le site web du Café pédagogique : il rédige une phrase de manière strictement phonétique. Elle
commence par le mot "le client ", mais orthographié "Leu 
kliyan
". Vous verrez alors que l'on comprend la phrase, mais que cela exige un
effort considérable. Vous pouvez ainsi vous "représenter la procédure
utilisée par un lecteur peu familier de l'orthographe lexicale : la disparition
des marques orthographiques l'a obligé à utiliser systématiquement le
décodage
", explique le chercheur. Pendant que le lecteur décode, il n'accède pas au
sens.

Mais personne n'écrit comme ça...

Non. Le
problème le plus courant, ce sont les fautes d'orthographe. André Ouzoulias propose ainsi un second
test dans lequel il utilise des homophones, c'est-à-dire des mots qui se
prononcent pareil. Au lieu d'écrire "si ", il écrit
"scie ", et au lieu d'écrire "tous ", il écrit "toux ".

Là aussi le test est concluant : quand votre œil fixe le mot "scie ", "il se représente irrépressiblement l'outil du
menuisier
" si bien que "pour comprendre cet énoncé à l'orthographe
loufoque
, explique Ouzoulias, il doit inhiber ses connaissances orthographiques,
ce qui rend cette situation plus difficile que la précédente
".

Il établit ainsi le lien entre lecture facile et
maîtrise de l'orthographe.

Exactement.
On mobilise en permanence et sans s'en apercevoir nos connaissances en
orthographe quand on lit. Ceux qui ont une mauvaise orthographe doivent
effectuer un effort considérable pour accéder au sens.

Ce qui affecte leur accès aux savoirs dans toutes
les disciplines.

Absolument,
ce n'est pas un problème de français, cela veut dire qu'on comprendra moins
bien un cours d'histoire comme un énoncé de mathématique, mais aussi qu'on apprendra plus difficilement les nouveaux mots. C'est vraiment un effet domino.

C'est rédhibitoire ?

Non.
Certains élèves faibles en orthographe finissent par devenir de bons lecteurs.
En fait, ça marche surtout dans l'autre sens : les bons en orthographe,
eux, deviennent massivement de bons voire de très bons lecteurs. Et ça se joue
tôt : une étude a montré que "les connaissances orthographiques à l'entrée
au CE2 constituent le meilleur prédicteur de l'ensemble des apprentissages en
français jusqu'à la fin du primaire
", apprentissages qui comprennent
notamment la compréhension en lecture, les capacités rédactionnelles,
l'enrichissement du vocabulaire.

L'auteur cite une autre chercheuse,
Linea Ehri : "Apprendre à lire et apprendre à orthographier, c'est la même
chose ou pratiquement la même chose
".

On a pourtant souvent dit que la maîtrise de
l'orthographe n'était pas la seule compétence qui entre en jeu dans l'accès au
sens.

Et
c'est vrai. Mais "c'est un facteur déterminant ", notamment pour les
enfants de milieux populaires : "Une faiblesse dans l'orthographe
les pénalise bien plus que les enfants des milieux favorisés
, dit
l'auteur, car ces derniers ont de multiples occasions d'enrichir leur
vocabulaire sans passer par l'écrit, à travers les interactions orales dans
leur milieu social
".

Ce qu'on appelle avoir un vocabulaire riche...

Oui. C'est ce
qui vous permet de distinguer seau, saut ou sot en fonction du contexte car
vous savez que ce son peut avoir diverses orthographes et recouvrir diverses
significations. Ça aide aussi à deviner le sens des mots qui appartiennent à la
même famille et dont l'orthographe est dérivée.

Alors y a-t-il de bonnes méthodes pour enseigner
l'orthographe ?

Pour ce qui
est de l'orthographe dite lexicale, la façon dont on écrit un mot en dehors des
considérations grammaticales, l'essentiel repose sur la mémorisation. Mais on
mémorise mieux en retrouvant un mot dans une phrase qui veut dire quelque chose
qu'en apprenant des listes de mots. Je cite encore André Ouzoulias :
"La mémorisation des mots écrits est d'autant plus facile que le matériau
est analysé, relié à d'autres connaissances et organisé
".

Et pourtant, quand on fait écrire les élèves, on
leur dit parfois "ne faites pas trop attention à l'orthographe ".

C'est pour
éviter la "surcharge cognitives ", c'est-à-dire le trop plein de
problèmes à gérer. Mais ce n'est pas une bonne idée selon Ouzoulias. Selon lui,
"l'erreur d'orthographe lexicale ne peut que nuire à la mémorisation du
lexique orthographique
".

Il distingue ce qu'on appelle en langage
courant erreur d'orthographe et erreur de grammaire – dans le second cas, on
peut expliquer l'erreur, la comprendre, par exemple si on a oublié d'accorder
un adjectif, en revanche dans le premier cas, c'est arbitraire.

Comment faire alors ?

Il suggère des
approches alternatives, par exemple une dictée dans laquelle l'enfant a le choix
entre plusieurs possibilités :

Je connais le
mot, je l'écris,Je ne le
connais pas, je le cherche et je le copie,Si je ne le
trouve pas, je le demande au maitre - ou à mes camarades - s'ils le connaissent.

D'autres pistes dans cette série d'articles...

Oui,
accessibles sur le Café pédagogique.

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