Sciences Po l'Américaine

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

Frédéric Mion, le nouveau directeur de Sciences Po Paris, vient de détailler ces objectifs : concurrencer les meilleures universités anglaises et américaines sur le marché mondial de l'enseignement supérieur.

Il faut toujours regarder ce que fait Sciences
Po Paris.

De son vivant, Richard Descoings, charismatique et polémique
directeur de l'école, affirmait qu'il était plus facile de faire bouger
l'enseignement supérieur à partir d'une école comme Sciences Po qu'en devenant
ministre de l'Enseignement supérieur. Et de fait pendant 16 ans, il a imposé des
débats, fait bouger des lignes, suscité des changements bien au-delà des murs
de Sciences Po.

Frédéric Mion, son successeur, cultive un style très différent
mais le résultat pourrait être le même s'il réussit son pari : faire de
Sciences Po une des meilleures universités de recherche au niveau international
à l'horizon 2022.

Un premier cycle qui passerait de cinq à trois ans

2022, c'est une échéance à la fois pragmatique, les
changements importants ne se font pas en un jour, et symbolique car Sciences
Po aura alors un siècle et demi. Et si la réforme va au bout, c'est une
université américaine qui fêtera ses 150 ans.

Aux Etats-Unis, les études
supérieures sont en effet clairement découpées en deux temps : vous
effectuez d'abord vos années d'undergraduate , quatre ans pour obtenir un
bachelor, puis vous effectuez un master et il est courant de le faire ailleurs
que dans son université d'origine.

Sciences Po veut offrir la même
souplesse : on n'entrerait plus à Sciences Po pour cinq ans mais pour
trois ans. Puis on poursuivrait ailleurs ou dans une des écoles de Sciences
Po : écoles de journalisme, de communication, de droit,
d'affaires internationales ou école doctorale qui existent déjà  mais aussi dans les futures écoles d'affaires publiques, d'affaires urbaines et de gouvernance des
entreprises qui doivent être créées.

Séduire encore et toujours les entreprises 

  • "Nous ne pourrons nous positionner comme un concurrent viable par rapport aux bons
    "collèges" américains et britanniques que si nous arrivons à démontrer que notre formation en premier cycle constitue un tout, homogène et
    solide, qui permet de poursuivre  ses études bien sûr à Sciences Po mais aussi à
    l'international"* a expliqué Frédéric Mion.

    L'objectif est également de
    séduire les entreprises en clarifiant l'offre. Vous avez là la structure d'une
    université américaine qui articule des colleges et un agglomérat d'écoles
    spécialisées qui cultivent toutes leur caractère et leur singularité – école de
    droit, d'ingénieurs, d'arts, etc. Cela s'inscrit dans une tendance générale de
    l'enseignement supérieur : le projet d'université Paris Saclay prévoit
    lui, aussi, à échelle plus spectaculaire, de réunir des grandes écoles, des
    universités et des centres de recherche.

Attirer plus d'étudiants issus des IUT

Une des réformes phare de
Richard Descoings avait consisté à essayer d'ouvrir Sciences Po à des publics
défavorisés. Cette ambition sera maintenue et même étendue puisque le nouveau
système devrait permettre d'attirer au niveau master plus d'étudiants issus
d'IUT ou d'université, de varier les profils. Même chose pour le premier
cycle : aujourd'hui on entre à Sciences Po après le bac au terme d'un
concours terriblement sélectif, ou bien en master. Des possibilités d'entrer en
cours de premier cycle devraient être restaurées.

Pas assez d'enseignants-chercheurs

Parce que c'est celui qui domine au niveau
mondial. Si demain les classements internationaux choisissaient des critères
qui s'adaptaient mieux au système français, le débat serait tout autre. Mais
pour l'heure ce n'est pas le cas. Ceci étant il y a loin de la coupe aux lèvres
car les universités américaines tirent aussi leur puissance de leur
personnel : si vous prenez le MIT, 11.000 étudiants, plus d'un millier
d'enseignants chercheurs et 10.000 personnels administratifs ou techniques.

C'est un ratio qui n'existe nulle part en France où l'enseignement supérieur
est notoirement sous-managé. Tout est fait aux Etats-Unis pour que les
enseignants-chercheurs puissent se concentrer sur leurs étudiants et sur leur
recherche. Avec le même nombre d'étudiants, Sciences Po compte cinq fois moins
d'enseignants-chercheurs permanents, et dix fois moins de salariés. L'écart est
également impression avec la London School of Economics, que Richard Descoings
voyait un peu en modèle puisque cette dernière compte également dix fois plus
d'enseignants-chercheurs permanents. Atteindre le volume de recherche du top 5
mondial exigerait donc un investissement considérable.

Il y a une forme de continuité : en
renouant avec la possibilité d'offrir des accès pendant tout le premier cycle
et en distinguant nettement le premier cycle du deuxième, le Sciences Po
nouveau se rapproche de l'université et dans une certaine mesure des grandes
écoles, qui proposent toutes un gamme assez étendue de possibilités d'accès. C'est
tout le modèle d'université sélective que défendait Richard Descoings. Un
modèle qui dans l'immédiat n'a aucune chance de s'étendre massivement aux
universités mais dont on voit tout de même des traces à Dauphine, qui est
sélective, ou dans des bilicences, filières sélectives au sein des universités.