Route 128 : les biotechnologies sont sous les feux de la rampe

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A Boston, on compare souvent la route 128 à la Silicon Valley californienne qui est surtout connue comme l'écosystème le plus innovant dans le numérique. À Boston, ce sont les biotechnologies qui sont sous les feux de la rampe avec une concentration unique au monde de chercheurs de niveau international.

Il y a ceux du MIT et de Harvard, des hôpitaux de réputation
mondiale, des grandes entreprises du secteur - des dizaines dans un rayon d'un
kilomètre et demi - parmi lesquelles Merck, Novartis, Pfizer, Bayer... - sans
parler des 300 entreprises moins connues qui sont également installées dans la
région.

On invente ici la médecine et les médicaments de demain,
mélange de biologie, de nanotechnologies, de science informatique et bien sûr
de génétique, la grande affaire de la recherche médicale en ce moment. Exemple
avec le projet "organs and chips", organes sur puces. Il permet
d'analyser les effets d'une molécule sur les différents organes du corps humain
en reproduisant leurs actions et leurs interactions sur des puces informatiques
miniatures. Exemple avec ce petit comprimé conçu sur le modèle de l'éponge et
qui pourrait un jour délivrer un médicament capable de cibler les cellules cancéreuses.
Exemple encore avec cette expérimentation qui consiste à isoler des segments
d'ADN et de les transformer en nanorobots qui iront s'attaquer à nos cellules
malades - trois exemples pris dans les recherches fondamentales menées
actuellement au Wyss Institute.

Toutes ces recherches reposent sur le croisement de différentes disciplines.
Cette façon de faire tomber les barrières n'est pas évidente. Ici comme
ailleurs, le chimiste, le biologiste ou l'informaticien n'ont a priori aucune
appétence naturelle pour le travail transdisciplinaire. Comme en France,
l'essentiel de la recherche est organisée par disciplines qui fonctionnent de
manière étanche, chacune restant enfermée dans son silo. Tout le jeu consiste
donc à organiser les croisements. Comme les universités peinent à le faire,
plusieurs centres de recherche se sont créés dans cet objectif, souvent à
partir d'initiatives privées de nature philanthropique.

C'est le cas du Wyss Institute: il est né il y cinq ans et a
reçu 250 millions de dollars de dons, ce qui signifie que les chercheurs
peuvent se concentrer entièrement sur leurs travaux et explorer des pistes
extrêmement risquées sans rendre de comptes à quiconque. Autre exemple le Broad
Institute qui fédère des chercheurs de Harvard et du MIT ainsi que cinq
hôpitaux qui comptent parmi les meilleurs des États-Unis. Cette fois c'est un
couple, le couple Eli et Edith Broad, dont un des enfants était atteint d'une
maladie génétique rare, qui a donné l'impulsion financière, en l'occurrence une
donation de cent millions de dollars.

Pour avoir un ordre de grandeur des moyens requis, il faut savoir que la
création d'une molécule peut prendre une dizaine d'années entre le début de la
recherche et la mise sur le marché, et que le coût moyen est estimé à un
milliard de dollars. Ces incitatives ne sont uniquement financées par des fonds
privés. Le Massachusetts est un État un peu à part : il a décidé de participer
à l'effort en investissant un milliard d'euros sur dix ans dans la recherche en
biotechnologie. C'est assez rare ici : il faut savoir qu'en France c'est
généralement le secteur public qui se méfie des financements mixtes
public-privé, aux États-Unis, c'est l'inverse : le secteur privé est souvent
réticent à travailler avec le public.

 

Ces instituts réussissent à faire travailler ensemble les chercheurs alors que
leurs universités d'origine ont du mal à le faire parce qu'ils sont organisés,
structurés, autour de projets ou de programmes et pas en fonction des
disciplines de recherche d'origine. Mais les universités le font aussi. C'est
par exemple la mission du Harvard Catalyst, dont une des fonctions est d'être
une sorte de site de rencontre de chercheurs, un Meetic de la recherche, afin
que les personnes qui travaillent sur des problématiques communes dans les onze
départements de l'université et dans les 17 hôpitaux qui lui sont affiliés se
rencontrent.

 

Il y a une centaine d'établissements universitaires à Boston. En plus de
Harvard et du MIT, les autres ne restent pas en marge de cette compétition de
l'innovation. Mais ils avouent que la concurrence est rude. Boston University
est la quatrième université américaine en nombre d'étudiants - elle en compte
40.000, c'est quatre fois plus que le MIT. Elle génère deux fois moins de
revenus en transfert de technologie vers l'industrie, mais c'est un chiffre
assez remarquable quand on sait qu'elle y consacre 18 fois moins de moyens.
Comment y parvient-elle ? Eh bien en faisant l'inverse : là où le MIT finance
des dizaines de projets en espérant que quelques uns décrocheront le jackpot,
Boston University se concentre sur quelques projets champions. Comme dans la
Silicon Valley, ce qui est assez remarquable aux États-Unis, c'est que personne
ne cherche à imposer ou à reproduire un modèle, chacun essaie de faire avec ses
forces.

 

Et à l'arrivée, 9 entreprises de biotechnologie du Massachussets ont fait leur
entrée en bourse l'année dernière, et une demi-douzaine de plus au cours des
premiers mois de cette année, confortant la renaissance de cet écosystème
innovant de la route 128, qui avait été un peu estompé ces dernières années par
celui de la Silicon Valley.  

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