Réussite à l'université : la France au-dessus de la moyenne

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Actualité très animée depuis hier à Paris Expo, Porte de Versailles, où se tient le Salon de l'éducation. On y vient pour débattre mais aussi pour s'orienter. Et c'est au salon que Geneviève Fioraso, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, a dévoilé une nouvelle enquête du ministère sur la réussite à l'université. Et le bilan est meilleur qu'on ne le dit...

19 %. Ce serait le taux d'échec réel en premier cycle
universitaire si on retenait la définition qu'en donne l'OCDE, à savoir le fait
de sortir de l'enseignement supérieur sans aucun diplôme. C'est dix points de
moins que la moyenne OCDE.

Comment
arrive-t-on à ce chiffre ? Généralement on parle d'un étudiant sur deux
qui échoue en premier cycle...

Et on a
presque raison mais pour avoir totalement raison il faut remplacer le mot cycle
par le mot année et ajouter le mot "universitaire " : un
étudiant sur deux passe
en effet directement en deuxième année de licence, mais cela ne veut pas dire
que tous les autres vont échouer.

Un quart va redoubler, et le dernier quart se
réoriente ou abandonne. Il faut aussi préciser qu'une fois en deuxième voir en troisième année, les taux de réussite grimpent significativement.

Le
problème se concentre donc sur la première année.

Oui. Et sur deux catégories d'étudiants. Ceux qui
sont issus d'un bac professionnel et dans une moindre mesure ceux qui viennent
d'un bac technologique, "mal
préparés par leurs études antérieures à s'engager dans une formation
universitaire générale de premier cycle
" rappellent les auteurs
de l'étude.

La
probabilité de sortir sans diplôme de l'enseignement supérieur est de 9 % pour
les titulaires d'un baccalauréat général, de 29 % pour ceux d'un baccalauréat
technologique et de 56 % pour un baccalauréat professionnel.

Le
taux de réussite est-il le même dans toutes les filières ?

Non. Alors je
mets de côté Médecine, où le numerus clausus est très violent – 15 % de réussite
en moyenne en fin de première année. Mais il varie tout de même : 25 % en
AES, Administration économique et sociale, 45 % en sciences économiques et
gestion. Mais là aussi "ces
écarts entre filières s'expliquent en partie par l'origine scolaire des
entrants en premier cycle : 68,0 % des entrants en sciences économiques et
gestion sont titulaires d'un baccalauréat général contre 43,2 % en AES
".

Où vont ceux qui échouent
et qui ne redoublent pas ?

En
BTS, dans des écoles privées, parfois dans d'autres filières. Et cette fois ils
n'échouent pas forcément.

Mais si le bac d'origine
prédit à ce point la réussite, pourquoi les bacheliers professionnels et
technologiques continuent-ils à aller à l'université ?

Dans
la majorité des cas parce qu'ils n'ont pas de place ailleurs, notamment dans
les filières où ils réussissent mieux comme les BTS et les DUT. D'où la
politique très volontariste qui a été mise en place l'année dernière afin de favoriser
l'inscription des bacs pros en BTS et des bacs techno en IUT. L'idée est en
quelque sorte d'en chasser une partie des bacheliers généraux pour que ces
derniers aillent à l'université, où ils réussissent mieux et pour
laquelle ils sont mieux préparés.

Il faut le rappeler : l'université est
exigeante, il faut avoir de l'autonomie à la fois sociale et intellectuelle,
être capable de se prendre en main, de s'organiser, mais aussi de travailler
seul, de comprendre la démarche universitaire, qui s'appuie sur la recherche et
en appelle à l'esprit critique. On y est moins cadré et moins encadré.

Ce n'est pas nouveau... Les
plans destinés à améliorer la réussite en licence se sont enchaînés ces
dernières années...

Oui.
Mais ils ne portent pas encore leurs fruits. Entre autres parce qu'un certain
nombre d'universités investissent plus dans leurs masters et leurs recherches que
dans leurs premiers cycles. C'est un regret exprimé jeudi clairement par
Geneviève Fioraso
.

Et pourquoi l'argent ne
va pas aux premiers cycles ?

Parce
que la respiration de l'université, sa culture, est tournée essentiellement
tournée vers la recherche.. C'est là que les enseignants demandent des moyens.
C'est là aussi que se jouent les classements internationaux.

Structurellement,
rien n'encourage les universités à investir pour les étudiants de premier
cycle. Beaucoup le font malgré tout, mais quand on regarde au niveau national,
quand on fait des moyennes, cela demeure insuffisant.

Imaginons que les
bacheliers professionnels et technologiques aillent ailleurs qu'à l'université,
les choses changeraient radicalement ?

C'est
la question. Hypothèse optimiste, oui. Les bacheliers généraux se réconcilient
avec les premiers cycles, et l'université regagne en attractivité. Hypothèse
pessimiste : au lieu d'aller à la fac, les bacheliers généraux se tournent
de plus en plus vers les filières sélectives publiques comme les prépas ou les
écoles d'ingénieurs, ou bien ils vont gonfler les rangs du privé.

Cette hypothèse
est pessimiste pour le service public mais elle aussi réaliste : en dix
ans, les effectifs étudiants ont augmenté de 50 % dans l'enseignement supérieur mais
80 % de cette augmentation est allée sur le privé, et le reste est allé sur les filières
publiques sélectives.

Les premiers cycles universitaires, en valeur absolue, ont
perdu des effectifs. La volonté de rationnaliser l'orientation pourra aider
mais il faudra aussi un changement de représentation radical pour que revienne
la confiance des jeunes, des familles, mais aussi des enseignants de lycée,
envers l'université.

Changement de
représentation... et amélioration de l'encadrement en licence, non ?

Oui.
Mais il est en cours malgré tout, dans beaucoup d'universités. Il devra
continuer, c'est clair, mais je pense que cela ne suffira pas sans ce changement
de perception.

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