Qui a peur de la démocratie lycéenne ?

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C'est aujourd'hui le coup d'envoi des "semaines de l'engagement lycéen", une initiative portée par George Pau-Langevin, ministre déléguée à la réussite éducative. Objectif : relancer une vie lycéenne jugée moribonde.

Le script de la chronique

Le diagnostic est signé de la députée du Nord Anne-Lise
Dufour-Tonini dans un rapport qui vient d'être rendu public. Il porte sur
l'application des mesures qui se sont succédées depuis 23 ans pour permettre aux
lycéens de participer à la vie de leurs établissements - la dernière mesure
importante en date concernait la création de Maison des lycéens dans tous les
établissements.****

Elle n'a pas franchement
été suivie d'effets...

Non. Comme la plupart des mesures de ce genre d'ailleurs. À
peine un lycée sur deux aurait ouvert sa maison du lycéen. À côté de cela on
observe aussi des réelles tentatives de mobilisation - le rapport cite
l'académie de Montpellier, qui demandé aux lycées de rajouter une case dans les
livrets scolaires dédiée à l'implication du lycéen dans la vie associative ou
citoyenne de son établissement.

Il existe pourtant des
instances élues pour faire appliquer ce genre de textes...

Oui. Les Conseils de la vie lycéenne, qui se déclinent
d'ailleurs en conseils académiques et en un conseil national. Il y a aussi un
délégué national à la vie lycéenne. Le jugement de la députée est sans ambages
: les élections qui permettent l'élection de ces représentants des lycéens
seraient assez formelles ou s'apparenteraient à des prix de camaraderie
revisités - en gros on expédie la formalité parce qu'elle est dans les textes
officiels, mais sans lui donner beaucoup de valeur ni beaucoup de
signification. Et quand bien même le conseil de la vie lycéenne existe et
travaille, sa voix serait rarement prise en considération.

Et vous nous dites que ce
n'est pas une surprise.

Non. L'histoire récente de la vie lycéenne commence fin 1990.
Avec des semaines de mobilisation lycéenne portant une revendication qui
pouvait alors sembler inattendue : nous voulons travailler dans de bonnes
conditions. Les jeunes dénoncent pêle-mêle la vétusté des locaux, les toilettes
qui ne ferment pas, mais aussi l'arbitraire de certaines décisions
disciplinaires. Ils veulent étudier mieux, dans tous les sens du terme : ils
demandent le respect matériel  et
civique. Le mouvement est long, il est dur, on est en plein dans ce qu'on
appelle la massification du lycée - les effectifs ont considérablement augmenté
au cours des années précédentes, et les effets de la décentralisation ne se
font pas encore sentir (il ne faut jamais oublier que l'Etat, en 1984, avait
cédé aux Régions un parc immobilier en très miteux état).

Et le gouvernement
d'alors cède...

Oui, sur proposition de Céline Wiener, Lionel Jospin, alors
ministre de l'Education, créé des droits et dégage des moyens. C'est aussi une
époque florissante pour la presse lycéenne. Des centaines de journalistes en
herbe se réunissent chaque année à Poitiers pour le festival Scoop en stock,
qui attire le ban et l'arrière ban de la presse parisienne qui vient humer le
parfum de l'expression lycéenne, dont la liberté à été confortée par une
circulaire.

Et pourtant, déjà à
l'époque, cette liberté est remise en cause.

Oui, et c'est là, à plus de vingt ans d'écart, que l'on retrouve
les conclusions du rapport d'Anne-Lise Dufour-Tonini. Les journaux lycéens qui
éprouvent la réalité de leur toute nouvelle liberté vont très vite se heurter
aux autorités sur trois terrains : le sexe, la religion, et l'ordre
pédagogique. L'institution tolère difficilement qu'on la brocarde, qu'on lui
fasse la leçon, qu'on la critique. Alors c'est vrai certains jeunes n'y vont
pas avec le dos de la cuiller, mais quelques conflits paroxystiques dans
lesquels il y a eu abus cachent des centaines d'affaires mises sous
l'étouffoir, des cas de pression, parfois de censure.

Même causes, mêmes
effets, quand les conseils de la vie lycéenne interpellent l'institution sur
les questions pédagogiques...

Exactement. C'est ce qu'écrit Anne-Lise Dufour-Tonini : non
seulement "les compétences des conseils de la vie lycéenne sont peu
respectées en général", mais "les obstacles sont encore plus forts
quand les conseils abordent des questions qui touchent au domaine
pédagogique".

Ces réticences expliquent
à elles seules l'absence de vie démocratique qu'elle dénonce ?

Non. Il y aussi des obstacles presque naturels. Le premier
d'entre eux tient au côté "tonneau des Danaïdes" de l'entreprise. Le
lycée ne dure que trois ans, il faut à chaque fois expliquer et réexpliquer aux
nouvelles générations quels sont leurs droits, initier une mobilisation qui ne
va pas toujours de soi même quand l'équipe éducative y est favorable, expliquer
aux jeunes que leurs droits sont assortis de devoirs, qu'on ne peut pas faire
n'importe quoi même si une majorité a voté pour... Ce que l'on constate
fréquemment c'est aussi que le degré d'implication du proviseur est essentiel :
qu'il se taise ou qu'il fasse le service minimum, et il ne se passera pas
grand-chose ; qu'il se mobilise pour expliquer le sens de la démarche aux
élèves et aux enseignants - et ce second point est fondamental - et il y aura
peut-être de belles initiatives.

En somme, sur ce terrain
aussi, il faut éduquer...

Voilà. Comme pour tout. Éduquer et financer parce que la vie
lycéenne ce ne sont pas des réunions, ce sont des actions, concrètes, sans quoi
les lycéens ne se mobilisent pas. C'est cette dynamique que George Pau Langevin
veut relancer au cours de ces semaines de l'engagement, elles dureront jusqu'au
18 septembre et se présentent comme le lever de rideau de "l'Acte 2 de la
vie lycéenne", celui qui vingt ans après ferait du lycée une véritable
préparation à la vie citoyenne.

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