Le défi de l'éducation pour tous en trois documentaires

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Les vacances de Noël commencent ce soir, mais si l'école vous manque - ou mieux encore si vous voulez la voir autrement – trois films vous y invitent. C'est l'occasion de les voir ou les revoir.

Premier de ces films ; Sur le chemin de l'école, un coup
de cœur de France Info, nous en avions longuement parlé lors de sa sortie le 25
septembre ; coup de cœur aussi pour près d'un million de spectateurs. Sur
le chemin de l'école, c'est un film qui entre d'abord en résonnance avec l'actualité.
Et qui tente de mobiliser l'opinion sur la question de l'accès à l'école. 57
millions d'enfants dans le monde en sont privés selon l'Unesco, et 250 millions
dont un grand nombre sont issus de milieux défavorisés - n'acquièrent pas les
connaissances de base. Parmi les principaux facteurs de non scolarisation les
guerres : l'Unicef vient ainsi de faire savoir que presque
deux millions d'enfants syriens âgés de 6 à  15 ans ont abandonné l'école
à cause du conflit et des déplacements de population. Une régression terrible -
avant la crise, le taux de scolarisation dans l'enseignement primaire en
République arabe syrienne dépassait les 90%.

Un problème mondial que le film a choisi de poser de
manière sensible...

Oui. Pas de chiffres, pas de commentaires, pas de discours
culpabilisant. Simplement la marche de quatre enfants, le kenyan Jackson, la
marocaine Zahira, l'indien Samuel et l'argentin Carlito. A pied, à cheval, en
voiture, évitant qui les ornières, qui les éléphants, qui les éboulis sur un
chemin de montagne, ils progressent pas à pas pour simplement atteindre leurs
écoles. C'est vraiment le sujet du film et une métaphore de ce défi
mondial  - tenter d'offrir une éducation
de base à tous les enfants.

Autre film à l'honneur, un documentaire : La chasse au
Snark
...

Un documentaire signé François-Xavier Drouet ; il a été primé
lors du festival du film d'éducation d'Evreux il y a trois semaines. Vous pouvez
encore le voir via internet sur la plateforme que France TV éducation a
réalisée à l'occasion de ce festival. Le Snark, c'est un foyer pour adolescents
en rupture, il est situé en Belgique. Il illustre à sa façon lui aussi le
chemin à accomplir pour accéder à l'éducation ; il montre que les derniers
mètres sont parfois les plus durs à parcourir. La première scène est saisissante,
elle dure plusieurs minutes, sans commentaire ; un éducateur tente de
convaincre une ado de venir en cours. Elle boude, elle hurle, elle semble se
laisser fléchir, elle revient, elle repart, on éprouve presque physiquement le
tumulte intérieur qui l'habite. Scène extraordinaire aussi comme métaphore du
travail des éducateurs, au sens large du terme, qui sans cesse doivent tendre
la main, surmonter les déceptions, les mensonges, les retours en arrière, ne
jamais renoncer à l'idée que tous les enfants méritent qu'on se batte pour eux.

Le troisième film a également été primé à Evreux...

Ombres et lumières, un documentaire de Charline Caron et
Antonio Gomez Garcia. On est cette fois en prison et c'est par le théâtre que
neuf détenus vont se découvrir, apprendre à se mouvoir et à s'exprimer
autrement, ensemble, à trouver une forme de liberté intérieure.

Finalement, aucun de ces films sur l'école ou sur l'éducation
ne se passe à l'école...

Non. Ils s'intéressent aux conditions préalables des
apprentissages, et aux obstacles sociaux, psychologiques, environnementaux, qu'il
faut lever avant de commencer à parler enseignement et méthodes d'apprentissage.
L'Unesco, l'Unicef, les ONG, toute la galaxie des entrepreneurs sociaux sont
sur ces thématiques-là.

Thématique sur lesquelles nous sommes souvent revenus cette
année sur France Info, notamment à l'occasion du World Innovation Summit for
Education de Doha...

Oui. Avec cette tendance, mondiale, qu'on appelle l'éducation
frugale. Des dispositifs très peu onéreux et très efficace, ils n'ont parfois
rien à voir avec la pédagogie mais permettent de lever des obstacles physiques
ou psychologiques. Exemple avec la distribution de comprimés de vermifuges aux
enfants en Afrique, un geste simple, très facile à financer, et qui augmente
significativement les taux de scolarisation. Exemple à Madagascar où on a
découvert que les parents sous estimaient l'importance de l'éducation de base,
pensant que si un enfant n'avait pas la capacité d'aller jusqu'au lycée eh bien
ça ne valait même pas la peine de l'envoyer à l'école. Là il a suffi de sortir
des statistiques sur le salaire moyen des personnes qui avaient été au bout de
l'école primaire par rapport à ceux qui ne l'avaient pas fait pour que les
parents se rendent compte que le retour sur investissement était extrêmement
intéressant. Ce sont des actions qui ne coûtent pas cher et dont l'efficacité
est, proportionnellement, très élevée. Elles sont notamment analysées et
diffusées par Innovation for Poverty Actions et Annie Duflo. Ce sont ces défis
là auxquels l'éducation est confrontée au niveau mondial. Débattre des méthodes
de lecture ou de l'organisation des rythmes scolaires est un luxe de pays
riche.

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