Instits : le grand malaise

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L'actualité de l'éducation est marquée cette semaine par ces grèves dans les écoles primaires, contre la réforme des rythmes scolaires. Grèves auxquelles participent aussi des écoles qui ne sont pas encore concernées par ce changement. Alors est-on à l'orée d'une mobilisation générale des instits ?

Elle couve en tout cas depuis
un an, quand à la révolte des entrepreneurs " pigeons " avait succédé
celle des instits " dindons ". Dindons disaient-il de la farce des
réformes Peillon.

Pas question
alors des rythmes scolaires...

Non. Ce qu'ils dénoncent, c'est
la dégradation des conditions d'exercice du métier. La paperasse envahissante,
le " caporalisme ", c'est leur mot, de la hiérarchie, les
remplacements non effectués, le manque d'aide pour individualiser
l'enseignement et assurer la réussite de tous les élèves, un sentiment aussi
d'infantilisation, de défiance.

Une défiance
qui vient d'en haut...

Oui. Pendant longtemps on ne
parlait pas beaucoup de l'école primaire dans les débats sur l'éducation.
Depuis la fin des années 70, le principal accusé des maux éducatifs était le
collège, on le décrivait comme " le maillon faible du système ".
Depuis bientôt dix ans, le primaire est sur la sellette. Ça a commencé avec le
succès foudroyant en librairie de quelques pamphlets comme Vos enfants ne
sauront ni lire ni écrire. Une violente charge signée par un instituteur breton,
Marc Le Bris, expliquant les ravages d'une pédagogie centrée sur l'enfant, une
pédagogie de la découverte qui laisserait sur le carreau les plus faibles et
ralentirait les meilleurs.

Très vite les
politiques prennent le relais.

Oui. La droite s'empare du thème et Gilles de Robien, quand il est nommé
ministre lance la charge contre les ravages de la méthode globale. Pour la
première fois, un ministre attaque ses troupes sur le cœur du métier ; il
va de plateau en plateau expliquer que les instits ne savent pas apprendre à
lire aux enfants, qu'il faut qu'ils changent de façon de faire. 2007, le Haut
conseil de l'éducation prend le relai dans un rapport au vitriol sur l'école
primaire. Après avoir attaqué ce qui se passe dans la classe, on attaque le
système même.

Puis il y a
l'épisode des couches-culottes...

Oui. Xavier Darcos en pleine
réforme de la formation des enseignants explique lors d'une audition au Sénat
que les instits de maternelle pourraient ne pas être concernés par la réforme
de la mastérisation, qui porte à bac+5 le niveau de recrutement des enseignants
– pas besoin d'un tel niveau, dit-il, pour changer des couches. Concomitamment
des postes sont supprimés, les Rased, ces réseaux d'aide aux élèves en
difficulté, sont rabotés.

Quand elle
revient au pouvoir la gauche promet pourtant de revaloriser le métier et de
refonder l'école en s'appuyant sur le primaire...

Oui, mais l'hommage est à double tranchant. Si on repart du primaire, c'est
aussi parce qu'on doute qu'il fasse bien son travail. Mais surtout Vincent
Peillon arrive avec un discours politique, un discours sur les principes, il ne
parle de changer le quotidien des instits, il veut rien moins que refonder la
société par l'école. Or l'argument politique pèse moins qu'avant dans les rangs
des professeurs des écoles. Un sondage réalisé l'an passé auprès de 20.000
enseignants par le SNUIpp FSU, le syndicat majoritaire montre qu'ils placent les "fondamentaux" (lire,
écrire, compter) et la transmission des connaissances au sommet des priorités
de l'école, bien avant la formation du citoyen ou la lutte contre les
inégalités.

Vincent
Peillon dit aussi que sa refondation sera avant tout " pédagogique ",
que le plus important est justement ce qui se passe dans la classe...

Oui. Mais là aussi l'argument
est à double tranchant. Au fond c'est autre façon de dire que la pédagogie
n'est pas adaptée, que le travail n'est pas réalisé correctement. Il faudrait
en outre que la formation des enseignants soit au rendez-vous or elle se
reconstruit à peine avec la naissance, dans la douleur, des nouvelles Espé, les
Ecoles supérieures du professorat et de l'éducation. Et encore pour l'instant
elles s'occupent essentiellement de formation initiale. C'est pourtant là que
se jouera le cœur de la bataille et la réussite ou l'échec de la refondation de
l'école. Problème, ça va prendre un peu de temps. D'ici là le gouvernement aura
à gérer la montée des mécontentements sociaux et, concernant le dossier des
rythmes scolaires, l'échéance des élections municipales. Or on le sait le court
terme est l'ennemi absolu des réformes éducatives, qui ont besoin de sérénité
mais surtout de temps et de constance.

D'ici là, on
va compter les grévistes...

Oui. La bataille des chiffres pour
la grève de demain a déjà commencé. Mais quoi qu'il en soit, " le
mécontentement contre les nouveaux rythmes est bien réel et profond "
comme l'écrit ce matin le site internet Le café pédagogique. Qui cite aussi
Christian Chevalier, secrétaire général du SE-Unsa, pourtant aux
réformes : " Un an et demi après l'alternance politique, les
collègues ne perçoivent pas de changement dans leurs conditions de
travail ". Ce qui nous ramène à l'idée de départ : ce n'est pas avec de grands discours que
le calme reviendra mais avec des mesures concrètes et visibles qui donneront
aux instituteurs le sentiment d'être accompagnés, au quotidien, le sentiment
aussi que l'institution est de leur côté et ne leur met pas de bâtons dans les
roues.

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