Profession : reporter. Comment parler de religion ?

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Même si le dialogue inter-religieux est une thématique qui revient souvent, on retient plus facilement les élements clivants. Julie Pietri s'est rendue sur l'île de la Réunion, où les cultes cohabitent. 

La presse généraliste a de moins en moins de spécialistes des questions religieuses et pourtant notre quotidien n'a jamais autant questionné les religions. Et pour comprendre les faits d'actualité qui y sont liés, une bonne connaissance de l'histoire des religions se révèle précieuse. Julie Pietri, grand reporter à France Inter, s'est rendue sur l'île de la Réunion, où les cultes cohabitent depuis longtamps. Elle est l'invité de Profession : reporter.

Les cloches de Pâques sonnent à la volée. Plus tard au soleil couchant, l'appel à la prière parti du minaret s'entendra également dans tous les faubourgs. La mosquée de Saint-Denis de la Réunion, construite en 1905, (une date symbolique, l'année où fut votée la loi de la séparation des Eglises et de l'Etat en France) se trouve en ville, tout près d'un temple hindou. 

Alors que le monde est secoué de guerres intercommunautaires, d'intolérance, d'attentats et de populations martyres, l'île de la Réunion vit une exception. Julie Pietri, alertée par le mail d'un auditeur réunionnais, s'est donc rendue sur place pour vérifier si la situation décrite était aussi paisible qu'il l'affirmait. 

Des mosquées qui s'autofinancent

Premier constat, à dix mille kilomètres de la métropole, c'est un tout autre contexte qui se découvre. Hindous, chrétiens et musulmans vivent vraiment tous ensembles dans un grand respect. Et les imams, au coeur de la polémique en métropole, ne bénéficient pas des mêmes formations. Les mosquées s'autofinancent, ne subissant pas les influences de courants extérieurs radicaux.

Les imams sont  formés sur l’île de la Réunion, au sein de l’Institut de théologie musulmane (ITMR) fondé en 1996. "Ce lieu, avant, c’était un centre de vacances de la police. Quand j’ai commencé, j’avais seulement deux étudiants. On ne savait pas où on allait"n  dit Zacharia Gangate, son fondateur, à Julie Pietri. Ici, au pied des volcans, dans des bâtiments en pleine nature, les futurs imams réunionnais, mahorais ou métropolitains, une soixantaine cette année, apprennent durant 4 à 7 ans "les textes et le contexte".

L'Histoire de France enseignée pendant le cursus de formation des imams

"Former des imams français en France est capital", insiste-t-il. "Je vais vous expliquer ça par un exemple. Imaginez un imam qui lors d’une prêche dirait à ses fidèles 'chez nous', en parlant de son pays d’origine. Le fait de dire 'chez nous' peut créer du déséquilibre chez les jeunes. Parce qu’on est ici ou on est là-bas ? Il ne faudrait pas que notre jeunesse soit entre les deux. L’histoire de France est enseignée pendant le cursus. On voit que c’est un pays laïc, de culture judéo-chrétienne, et que la laïcité permet à toutes les religions de vivre ensemble. Quand l’étudiant sort de là, il est apaisé, serein, fier de ses convictions, admiratif et fier aussi de son pays." 

Julie Pietri sera interpellée par les rencontres, les discussions, si loin des crispations que connaît la métropole sur ces mêmes sujets. Le dialogue inter-religieux tient en équilibre sur un fil sensible à La Réunion. Et il est hors de question, en cas d'un programme de formation national, de voir les jeunes théologiens partir suivre un cursus en métropole. L'ancrage local et territorial est vital. C'est une donnée essentielle pour résister aux prêches du web qui cherchent à radicaliser les plus jeunes sur le terreau de la pauvreté, la misère et le colonialisme. 

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