Polars d'été. "Justice Blanche, Misère Noire", de l'écrivain américain Donald Goines

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !

Cet été, Gilbert Chevalier propose de revenir sur les meilleurs romans noirs, policiers, et thrillers français de l’année.

Cette chronique est accompagnée par une chanson de Curtis Mayfield : We the people who are darker than blue. Il est certainement l'un des musiciens afro-américains les plus investis dans la lutte pour les droits civiques. Ce titre de 1970 en est une illustration. L'écrivain Donald Goines, pour ce qu'il a écrit et vécu, incarne parfaitement le combat de cette communauté noire américaine.

Drogué, délinquant proxénète criminel, Donald Goines a passé plusieurs années de sa vie en prison avant de mourir à 37 ans, abattu avec sa femme sur le parking d'une discothèque à Détroit, dans des circonstances non éclairées. Donald Goines est donc devenu écrivain en prison. Il a écrit au total une quinzaine de romans, dont Justice Blanche, Misère noire, qui résonne particulièrement aujourd'hui après la mort fin mai 2020 de Georges Floyd et les manifestations qui ont suivi partout à travers le monde.

Dénonciation d'arrestations arbitraires

Justice Blanche, misère noire, publié en 1973, raconte le quotidien d'une prison d'un comté américain à travers le récit de Chester Hines, un personnage noir-américain arrêté pour port d'arme illégal. Le nom de Chester Hines fait évidemment référence à Chester Himes, qui, lui aussi, a découvert l'écriture en prison. Dans ce livre, Donald Goines martèle qu'un accusé blanc a beaucoup plus de chance de faire moins d'années de prison qu'un accusé noir, quel que soit le délit, y compris pour des délits moindres que ceux commis par des Noirs. C'est ce constat récurrent dans ce roman qui lui donnera son titre : Justice blanche, misère noire. Il dénonce les arrestations sans motifs dans la rue, qui souvent se terminent mal.

Donald Goines dénonce le business des cautions. Pour autant, l'auteur ne fait pas dans le larmoyant comme Chester Hines, le personnage de Justice blanche, misère noire. Les personnages de ses romans sont souvent des délinquants, petits dealers, des proxénètes gangsters sans foi ni loi. Parfois militant, mais toujours très près de la limite, comme dans les romans de la série Kenyatta, où Donald Goines a imaginé un leader politique noir et radical à la tête d'une sorte de communauté révolutionnaire. Les romans de Donald Goines sont violents, bruts de décoffrage. On y observe une communauté afro-américaine en souffrance. Les romans de Donald Goines sont sortis en France dans la série noire de Gallimard.

Vous êtes à nouveau en ligne