Polar d'été. "Nos derniers festins" de Chantal Pelletier

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Tout l'été, Gilbert Chevalier revient sur les meilleurs romans noirs, policiers, thrillers de l'année. Aujourd'hui, "Nos derniers festins" de Chantal Pelletier, publié chez Gallimard dans la Série Noire.

Avec Nos derniers festins, Chantal Pelletier nous emmène dans un futur proche. On est en 2044, dans une France où on ne rigole plus avec l’alimentation. L'État a imposé un permis de table à points. La perte des points – pour avoir mangé trop gras, trop sucré ou pour quelques verres de trop – peut entraîner la perte de la protection sociale.

Les conflits sont de plus en plus violents entre différentes tribus vegans, omnivores et toutes sortes de militants intransigeants. C'est dans ce contexte qu'un cuisinier est retrouvé mort ébouillanté dans sa blanquette de veau. Et pourtant Chantal Pelletier nous propose un roman très sérieux.

"Ne plus payer pour des gens qui feraient des excès, c'est vraiment dans notre société d'aujourd'hui. On voit déjà ça, c'est-à-dire qu'on parle toujours de ce déficit de la Sécurité sociale dont les gens abuseraient. Il est facile d'imaginer qu'un jour si on fume, on n'aura plus le droit à la Sécurité sociale, explique Chantal Pelletier. C'est pareil pour l'alimentaire, c'est-à-dire un permis de table à points comme le permis de conduire. Donc si on a du cholestérol, on est obligé de manger selon la règle. Autrement, on perd ses points et on perd la Sécurité sociale."

Une écriture sensuelle, charnelle, riche

Nos derniers festins est un roman qui parle donc de contrôle social des individus. Mais c'est aussi un roman qui pose un regard très acéré sur ce qu'est l'alimentation et plus généralement la façon de se nourrir. Chantal Pelletier utilise l'humour mais aussi une écriture très sensuelle, charnelle, très riche pour nous parler de cuisine et d’aliments.

"C'est parce qu'on ne peut jamais décrire le goût des choses. Vous allez dire : "décrivez-moi le goût d'une fraise", c'est indescriptible. On ne peut pas le décrire vraiment avec des mots. Donc on est obligé de tourner autour, d'inventer des expressions, des métaphores et on compare. Et en fait, on est dans une langue justement très vivante parce que ce n'est pas un vocabulaire technique. C'est une langue qui tourne autour de la saveur. Et le jour où on ne mangera que des gélules, des capsules, des flacons, il y aura un appauvrissement de la langue et pas seulement de la langue gourmande", pense l'auteure.

Le roman policier en général est truffé de héros gourmands ou cuisiniers. Les auteurs fins gourmets sont légions. Et dans le lot, il y a donc Chantal Pelletier qui a déjà beaucoup écrit avec talent et inventivité sur la cuisine. Nos Derniers Festins en est une nouvelle illustration.

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