Planète Sport. Megan Rapinoe, footballeuse militante

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Militante LGBT, anti-Trump, Megan Rapinoe, est bien plus qu’une joueuse de foot. L’attaquante américaine, championne du monde et Ballon d’or féminin 2019, défend les minorités et avoue ne pas fermer la porte à une carrière politique.

Planète Sport, le rendez-vous de l’été qui explore les sujets à la lisière entre le sport et la politique, nous emmène vendredi aux États-Unis, à la rencontre de la joueuse de foot Megan Rapinoe. L’attaquante s’engage ouvertement dans la défense des minorités. Si elle est connue pour ses positions au sein de la communauté LGBT, elle est aussi engagée sur plusieurs autres fronts.

Beaucoup de Français l’ont découverte l’été dernier. La Coupe du monde féminine de foot 2019 est organisée en France, et une joueuse, cheveux teints en violet, mène son équipe à la victoire : Megan Rapinoe. Quelques mois plus tard, l’attaquante décroche le Ballon d’or féminin.

Excellente sur le terrain, Rapinoe se fait également connaître au-délà du sport. Fervente militante LGBT, elle n’hésite pas à crier ce message après avoir éliminé la France en quart de finale du Mondial : "Vous ne pouvez pas gagner un tournoi sans gays dans l’équipe !"

Depuis qu’elle est connue, Megan Rapinoe tente d’être un modèle pour les homosexuels qui n’osent pas s’affirmer, dans le sport et dans la société. "Être une athlète gay, être une joueuse de foot et donner le meilleur de moi-même, c’est important. Cela donne aux jeunes un exemple, le modèle de quelqu’un qui s’assume et qui est reconnu en tant que tel", raconte la championne dans une vidéo de promotion. Née dans un milieu conservateur, Megan Rapinoe a souffert de se sentir différente. Aujourd’hui, elle sent qu’elle a une responsabilité auprès des plus jeunes.

L’engagement de Megan Rapinoe va bien au-delà de la minorité LGBT, comme l’explique Marie-Cécile Naves, spécialiste des États-Unis. La footballeuse s’implique dans beaucoup d’autres domaines. "C’est son engagement sur plusieurs fronts qu'il est intéressant d’observer chez Megan Rapinoe , décrit la chercheuse. Quand elle s’est agenouillée en soutien à Colin Kaepernick, joueur de football américain qui refuse de chanter l’hymne et pose un genou à terre, qu’elle a affiché son soutien aux manifestations contre la mort de George Floyd et, plus récemment, au mouvement Say her name, qui dénonce les violences policières envers les femmes noires et qu’elle combat également les discriminations contre la communauté LGBT, Megan Rapinoe veut montrer l’universalité des luttes progressistes."

Peu de militants sont aussi visibles aux États-Unis et portent une universalité des luttes progressistes, d’une société inclusive qui ne hiérarchise pas les combats contre les discriminations. C’est en ça que Megan Rapinoe se distingue.

Marie-Cécile Naves

à franceinfo

Megan Rapinoe est un cas assez exceptionnel dans le sport "Elle s’engage réellement. Elle n’est pas dans la posture de celle qui fait un petit clique sur Twitter pour dire ‘les discriminations c’est mal’. Elle agit vraiment, poursuit la chercheuse. Elle fait des dons à des associations, elle participe à des colloques, elle soutient un certain nombre de causes. Elle n’est pas dans une posture opportuniste et ponctuelle, c’est vraiment un combat de longue haleine."

Un softpower anti-Trump

Malgré ses succès et son exposition médiatique, Megan Rapinoe n’est pas dans une démarche "individualiste", note Marie-Cécile Naves. "Elle montre un leadership de solidarité, de coopération et d’exemplarité, ce qui est assez exceptionnel dans le monde du sport. Et comme elle gagne tout, championne olympique et championne du monde, elle a l’image d’une gagnante, d’une combattante, qui contraste profondément avec l’image de ‘winner’ que le président Trump souhaite incarner. On assiste à un face à face de deux images de la gagne. Trump l’individualiste qui écrase les autres et Rapinoe qui prône la solidarité."

Un destin politique se dessinerait-il autour de Megan Rapinoe ? Vice TV lui a posé la question en mai dernier, et voici sa réponse : "Je ne ferme pas totalement la porte, mais ça semble fou, explique-t-elle en riant. Si je me lance, je veux la plus grosse fonction : présidente ! Je choisirai ensuite des gens bien plus intelligents et beaucoup plus qualifiés que moi pour faire le travail comme il faut. Je ne suis absolument pas qualifiée pour quelque poste que ce soit au gouvernement mais si cela arrive, je saurai m’entourer."

Avec l’émergence de figures politiques nouvelles, notamment chez les démocrates, Megan Rapinoe pourrait trouver sa place. À moins que son engagement politique ne soit plus efficace dans la société civile, comme pour Michelle Obama. En attendant la fonction suprême, Megan Rapinoe a d’autres combats en cours. En septembre, la justice doit se prononcer sur une demande de la joueuse et de toute son équipe : avoir le même salaire que l’équipe des hommes...

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