Planète Sport. En Palestine, au Kosovo, le sport est une arme politique

Pour comprendre comment le sport est utilisé à des fins politiques, direction plusieurs territoires non reconnus internationalement sur le plan juridique mais qui se font une place grâce au sport.

Planète Sport, le rendez-vous de l’été qui explore les sujets à la lisière entre le sport et la politique, nous emmène dans ces territoires qui ne sont pas reconnus juridiquement mais existent grâce au sport. Là où le sport est devenu une arme politique.

Jibril Rajoub est le président de la Fédération palestinienne de football et en même temps un homme politique de premier plan. Membre du Fatah, le mouvement de libération de la Palestine fondé par Yasser Arafat, il a été emprisonné par Israël pour terrorisme. Il avait lancé une grenade sur un bus militaire israélien à l’âge de 17 ans, ce qui lui a valu une peine de prison à vie. À 67 ans, ce militant multiplie les déclarations chocs : dans une interview à une chaîne saoudienne, Jibril Rajoub n’avait pas hésité à déclarer que "dans toutes les villes de Palestine, il existe un Auschwitz israélien pour massacrer les Palestiniens". La FIFA l’a à plusieurs reprises rappelé à l’ordre pour ses prises de position.

Jibril Rajoub incarne parfaitement ce mélange entre sport et politique et la Palestine est l’exemple de l’utilisation du football comme d’une arme politique pour servir une cause. Pour la première fois en 2008, l’équipe palestinienne a eu le droit de jouer chez elle à domicile dans la banlieue de Jérusalem, c’était face à la Jordanie. "La Palestine a eu la même stratégie que l’Algérie en son temps au moment de la guerre d’Indépendance", explique Jean-Baptiste Guégan, spécialiste de géopolitique du sport.

La Palestine a eu la même stratégie que l’Algérie en son temps, au moment de la guerre d’Indépendance. Elle utilise le football, premier sport mondial, pour être visible, exister et médiatiser le conflit israélo-palestinien.

Jean-Baptiste Guégan

à franceinfo

"Le sport permet se faire reconnaître comme un État digne de participer à des compétitions, explique Jean-Baptiste Guégan, spécialiste de géopolitique du sport. Le but est de mettre la pression sur la communauté internationale qui lui dénie ce droit, notamment au sein de l’ONU."

Une image plus positive à l'international

Au Kosovo aussi, dont l’indépendance est toujours contestée, la lutte politique se prolonge sur les terrains de sport, grâce en partie à son importante diaspora partout en Europe. Kévin Veyssière est le créateur du site Football Club Géopolitics, très présent sur les réseaux sociaux comme twitter. "C’est l’arme politique du Kosovo pour se faire reconnaître. Ils ont déjà tenté le coup avec les Jeux Olympiques en remportant une médaille d’or à Rio en 2016. Mais le football est le sport numéro un." L’équipe nationale est d’ailleurs toujours en course dans les qualifications de l’Euro qui aura lieu l’an prochain.

"Le sélectionneur n’a même plus à prier les joueurs pour qu’ils portent le maillot du Kosovo, poursuit Kévin Veyssière. Il y a cette volonté de montrer son drapeau et de pleinement exister au niveau international. C’est aussi un moyen de faire parler de leur pays de manière positive."

En général, on parle souvent du Kosovo pour ses crises politiques ou sa situation économique compliquée. En parler par le biais du football permet de donner une image plus positive.

Kévin Veyssière

à franceinfo

C’est une constante depuis des décennies : pour faire vivre un hymne ou un drapeau, même sous la domination d’un autre État, le sport reste le meilleur moyen. "Qu’on pense au Tibet, à la Catalogne ou même au Groenland, ces territoires utilisent le football pour mettre en avant leur identité, détaille Jean-Baptiste Guégan. Parfois aussi pour tenter d’obtenir leur indépendance, je pense au Timor. Ça permet d’unifier les populations, de leur faire sentir ce sentiment d’appartenance commun. Ça permet de projeter ces revendications à l’extérieur et il n’y a rien de mieux comme véhicule que le sport, le football en particulier." 

Le sport, indissociable de la politique 

Les grandes organisations internationales, le CIO pour l’olympisme ou la FIFA pour le football, se veulent pourtant apolitiques mais c’est une illusion pour Jean-Baptiste Guégan. "De la charte olympique aux règlements des différentes organisations, il ne doit pas y avoir d’interférences politiques, il doit y avoir une neutralité. Ceci étant, le sport est consubstantiellement politique, analyse-t-il. Dès la création du sport moderne, il a été directement associé aux luttes politiques, il est l’expression d’une identité, qu’elle soit nationale, régionale ou locale. De fait, il renvoie à des considérations politiques."

Le sport, le football notamment, permet tout, notamment avecl’incroyable Coupe du Monde de la Conifa, la Confédération des associations de football indépendantes. Elle regroupe des territoires qui ne sont pas reconnus mais veulent exister grâce à leur équipe de football comme la Laponie, le Kurdistan ou l’improbable comté de Nice, vainqueur de la première édition en 2014. L’édition 2020 a dû être annulée pour cause de crise sanitaire. 

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