Planète Sport. En Iran, les stades de foot comme espaces d'émancipation pour les femmes

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Après une tragédie qui a secoué le monde entier, les femmes iraniennes ont été autorisées à rentrer dans les stades de foot. Ce retour dans les gradins leur a apporté une certaine expression de liberté.

Planète Sport, le rendez-vous de l’été qui explore les sujets à la lisière entre le sport et la politique, nous emmène aujourd'hui en Iran. Dans cette république islamique, les sportives de haut niveau doivent s'entraîner en se soumettant aux lois de la charia. Les femmes iraniennes se battent également pour assister aux évènements sportifs, synonymes d’émancipation, de liberté d’expression et de contestation.

Jusqu’en octobre 2019, elles n'étaient pas les bienvenues dans les stades. Mais une tragédie a subitement changé la donne. Le 9 septembre 2019, Sahar Khodayari, 29 ans, sort du tribunal révolutionnaire de Téhéran, s’asperge d’essence et décide de s’immoler par le feu. Elle vient d’être condamnée à six mois de prison. Motif de la peine : avoir voulu assister à un match de foot. La colère est si vive qu’elle dépasse les frontières de l’Iran. La FIFA est sommée de déployer sa puissance diplomatique et en quelques jours seulement, Téhéran lève l’interdiction de stades pour les femmes.

Azadeh Kian, sociologue franco-iranienne, directrice du centre d’enseignement et de recherche pour les études féministes de l’université Paris Diderot, rappelle que "il n’y a absolument aucune loi iranienne qui interdit aux femmes l’accès aux stades, contrairement à la loi existante les obligeant à porter le foulard". Un abus de pouvoir sur lequel les autorités iraniennes ont donc fini par céder, mais elles ne veulent pas pour autant perdre la main. Sur les 100 000 places disponibles à Téhéran, elles n’en réservent que 3 000 ou 4 000 au public féminin.

Les stades, lieux de liberté

"Les stades sont un espace d’expression beaucoup trop libre aux yeux du régime, explique Azadeh Kian, mais pas seulement pour les femmes. Pendant les matchs, les hommes spectateurs disent aussi leurs désaccords avec les politiques du régime islamique, poursuit la sociologue. Ils chantent des slogans hostiles au régime et c’est une foule donc il est très difficile de contrôler la foule et de savoir qui a proféré ces slogans hostiles, et c’est pareil pour les femmes."

Une fois dans les stades, les femmes montrent leur excitation, elles ne respectent pas les préceptes islamiques imposés aux femmes, comme ne pas exprimer leurs envies de liberté, danser, etc... Et c’est ça qui fait peur au régime.

Azadeh Kian

à franceinfo

La mort tragique de Sahar Khodayari aura conduit à la victoire d’un combat mené depuis plus de 20 ans par le mouvement des foulards blancs. Des jeunes Iraniennes obligées de prendre l’apparence d’un garçon pour voir un match de foot, l’histoire de Sahar Khodayari, qu’on surnommait la "fille bleue", couleur du club de foot qu’elle supportait.

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