La souffrance des adolescents

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D’après un rapport de l’ex-défenseure des enfants, Dominique Versini, le nombre d’adolescents en souffrance est estimé à environ 15% des jeunes entre 11 et 18 ans, soit un peu plus de 900.000 ados.

Le suicide est la deuxième cause de décès chez les jeunes, après les accidents de la route : environ 40.000 d’entre eux tentent de se suicider et plus de 600 ne s’en relèvent pas. A ces chiffres inquiétants, il faut ajouter les jeunes anorexiques, boulimiques, toxicomanes... La prise en charge de ces jeunes en difficulté n’est toujours pas à la hauteur du problème. Pourtant, des professionnels se battent et inventent de nouveaux moyens de leur venir en aide, explique Christilla Pellé-Douël, journaliste à Psychologies Magazine.

Xavier Pommereau, pédopsychiatre qui travaille avec les adolescents à Bordeaux au Centre Abadie raconte dans son livre qu'au cours de ses 25 ans de pratique, son équipe et lui ont constaté que les adolescents changeaient. Nés avec les nouvelles technologies, leurs modes d’expression ont changé. L’une des caractéristiques de ceux que Xavier Pommereau appelle "les ados.com" est leur impossibilité à exprimer leur souffrance par le langage : il la donne à voir. A nous, adultes, de décrypter.

Tous les adolescents, et ce n’est pas nouveau, expriment leur besoin de se séparer des adultes et surtout de leurs parents, par la provocation, la création d’un monde adolescent qui leur est propre. Cela passe, pour tous, par la mode, Facebook, les SMS, la musique... Pour ceux qui souffrent vraiment, l’expression va plus loin : consommation d’alcool en augmentation, et de plus en plus jeune, mais aussi scarifications, troubles alimentaires, tentatives de suicides.

Les prises en charge classiques, qui passent par les entretiens psychothérapeutiques, les hospitalisations... ne sont plus en phase avec les adolescents.
_ L’équipe du Centre Abadie a réfléchi et mis en place de nouveaux moyens de permettre aux jeunes d’exprimer leurs difficultés. Cela a commencé avec des représentations via des objets transitionnels, comme des poupées, des nounours ou des modelages que les ados peuvent modifier à leur gré et utiliser pour se représenter. C’est ainsi que peu à peu, ils affichent leurs problèmes : pour l’une, ce sera une poupée couvertes de traits, pour l’autre, un singe à l’œil bandé. Puis, peu à peu, les moyens ont changé et dorénavant c’est aussi via des jeux vidéo de construction de personnages, les avatars, comme les SIMS, que les adolescents affichent leurs problèmes. Et c’est au travers de "défis", de missions qu’ils doivent remplir qu’ils apprennent, peu à peu, à se prendre en charge.

Une façon de voir que tous les hôpitaux pour adolescents ne partagent pas. Le Centre Abadie est l’un des seuls, sinon le seul, à utiliser ces méthodes. Pour autant, cela ne veut pas dire, bien sûr, qu’il s’agit de la panacée. Par définition, il n’existe pas de recette pour soigner les ados en souffrance, mais cette manière de voir les choses est particulièrement intéressante et nous ouvrent aussi, à nous, adultes, des pistes pour envisager différemment nos ados.com.

Le livre de Xavier Pommereau : Nos ados.com en images. Comment les soigner chez Odile Jacob.

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