La parole peut-elle être aussi violente que les actes ?

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Depuis que l'affaire Dieudonné a éclaté, un mot est revenu sans cesse dans toutes les interventions. Ce mot, c'est la haine. Dans le cas de Dieudonné, tout comme dans celui de Christiane Taubira, la haine s'est exprimée par des mots. Quelles influences peuvent avoir les mots ? Réponse de Christilla Pellé-Douël de Psychologies magazine.

La parole peut être aussi meurtrière que des actes de
violence physique, elle peut blesser à mort. Depuis Freud
et Lacan, nous savons que nous sommes des êtres de langage. Pour y voir un peu
plus clair, rappelons-nous que le langage est symbolique, métaphorique. La
haine qui s'exprime à travers les mots est une tentative symbolique de tuer, de
faire disparaître celui à qui cette parole s'adresse, de le rabaisser, de le
diminuer, de l'humilier. Lorsque Christiane Taubira a été insultée, traitée de
guenon, il s'est agi de lui dénier son statut d'être humain, de la ravaler au
rang d'animal. Je vous rappelle qu'au Rwanda les tutsis étaient traités de "cancrelats". Il s'agissait du premier stade de la déshumanisation
volontaire qui peut conduire à l'élimination physique pure et simple. L'autre
n'est plus qu'un insecte, il est dès lors possible de l'écraser.

Le ressenti

Ces mots nous blessent parce que le langage, outil de
communication, d'échange, devient une arme, et une arme de destruction. L'expression
directe de cette haine est socialement interdite. En ce qui concerne Dieudonné,
ou d'autres, journalistes par exemple, la haine s'exprime sous le prétexte de
l'humour. Ce qui est doublement tordu : d'une part, vous tentez de
détruire celui que vous visez, mais d'autre part, vous lui interdisez à lui et
à ceux qui vous écoutent, de réagir de manière appropriée. Si vous refusez
d'entrer sur ce terrain, vous n'avez rien compris, vous manquez d'humour, vous
ne percevez pas le second degré ou alors vous êtes "politiquement
correct" autrement dit, imbécile, incapable de saisir la force de
subversion révolutionnaire.

Comment réagir ?

Il ne faut pas laisser passer l'expression de cette haine.
Qu'elle s'adresse à nous ou à quelqu'un d'autre. Dès lors que nous laissons le
terrain libre, nous pouvons être certains que les haineux vont l'occuper. L'un
des moyens d'y parvenir, c'est justement de faire appel à la Loi, qui est la
parole de la nation, car l'insulte est une transgression. Marie-France
Hirigoyen, psychiatre et spécialiste du harcèlement le rappelle très bien dans
son livre : la Loi est le seul moyen de stopper les haineux et les
racistes. Si l'on est insulté ou agressé, il faut se défendre, avec des moyens
légaux.

 

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