Nora Bouazzouni : "Féminisme et nourriture sont intrinsèquement liés"

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Journaliste, traductrice et auteure de "Faiminisme, quand le sexisme passe à table", Nora Bouazzouni est l’invitée de Mise à jour mardi 19 septembre.

Nora Bouazzouni aime les jeux de mots. Dans son essai de 120 pages Faiminisme, quand le sexisme passe à table, paru le 22 août aux éditions Nouri Turfu, la journaliste établit un parallèle entre féminisme et nourriture, deux notions "intrinsèquement liées", selon elle. "À la maison ce sont les femmes qui font encore à manger pour leur famille. En revanche, en cuisine, dans les grands restaurants, ce sont les hommes qui tiennent les fourneaux", explique-t-elle.

Il faut "péter le patriarcat"

Nora Bouazzouni nous rappelle que la construction du patriarcat ne date pas d’hier. "Au paléolithique, la place des femmes était d’allaiter les enfants, de transformer la viande que les hommes allaient chasser", résume-t-elle. Une division sexuée du travail qui est aujourd’hui d’autant plus difficile "à déconstruire, à détruire", dit-elle. Car l’ambition affichée est bien là de "péter le patriarcat". Et de préférence avec le concours des hommes modernes. "Les hommes doivent être des alliés mais il faut laisser les femmes parler, c’est très important. On ne confisque pas la parole des dominées, des opprimées. Il faut laisser la parole à ceux et celles qui subissent au quotidien des discriminations", insiste Nora Bouazzouni.

Une question de langage

Et pour changer les règles établies (par des hommes), il est nécessaire, selon elle, de commencer par casser les codes jugés sexistes du langage, à commencer par l’emploi du genre masculin au détriment du féminin. La fameuse règle qui consiste à dire que c’est le masculin qui l’emporte, "invisibilise les femmes", tempête Nora Bouazzouni, qui milite pour une écriture inclusive. "C’est par exemple utiliser des petits tirets pour mettre non pas 'tous' mais 'tou-te-s'", explique-t-elle.

"On a genré la nourriture"

L’auteure de Faiminisme, quand le sexisme passe à table dénonce les clichés sexistes qui gravitent autour de la nourriture. "Ce qui me rend folle c’est quand je suis au restaurant, que je commande un burger et que mon ami commande une salade, et que quand le serveur ou la serveuse arrive on me sert tout de suite la salade", raconte-t-elle. "On a genré la nourriture et le vin : le rosé c’est pour les femmes, le rouge pour les hommes", pour au final "culpabiliser" les femmes comme les hommes dans leur façon de consommer l’alimentation, s'agace Nora Bouazzouni.

La cause animale au secours des femmes

La journaliste et féministe établit aussi un parallèle entre la femme et l’animal. "Quand on appelle une femme 'poulette', 'bichette', ou même 'cougar', on animalise la femme, on l’infériorise, on l’infantilise. Au cinéma, on la morcelle, on prend en photo sa poitrine, ses fesses, sa bouche, ses jambes. Quand vous allez chez le boucher, vous commandez un jarret de porc, une cuisse, une escalope, vous morcelez aussi l’animal", explique-t-elle. "La violence faite aux animaux et aux femmes peut être rapprochée. Et pourquoi ? Parce que l’homme avec un pénis entre les cuisses est (ou plutôt s'éstime) supérieur", conclut Nora Bouazzouni, pour qui la lutte pour l’égalité des femmes et contre les stéréotypes est loin d’être terminée.