Micro européen. Volodymyr Zelensky, un profane dans la cour des grands ?

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Marionnette ou homme nouveau ? Volodymyr Zelensky est le nouveau président de l'Ukraine après une nette victoire dimanche 21 avril, au deuxième tour, et un score historique.

Bien difficile de gouverner l’Ukraine aujourd’hui. Son passé indépendant depuis 1991 a été autant souillé par des affaires de corruption que d’un espoir de liberté naissant durant la "Révolution orange", dont Maïdan a été le point d’orgue et qui, dès lors, a été accommodé à toutes les sauces.

De plus, le pays vit un conflit armé avec la Russie, sans compter les groupes paramilitaires néo-nazis ukrainiens dont certains ont rejoint les rangs de l’armée ukrainienne, et les autres célébrant, commémorant le passé nationaliste et collaborationniste ukrainien avec le IIIe Reich. En somme, rien n’est réglé en Ukraine, tout reste à faire puisque rien n’a été fait.

Un comédien président ?

Pourquoi pas, tant les politiciens ukrainiens n’ont jamais inspiré confiance, sauf peut-être Viktor Ioutchenko, président élu en le 26 décembre 2004 après la "Révolution orange" Помаранчева революція.

Volodymyr Zelensky a été élu avec un score historique de 73,23 % des voix, ce n’est pas n’ont plus un score de république bananière qui approcherait les 99%, tant mieux. Volodymyr Zelensky soulève aujourd’hui des doutes et des incertitudes tant sur sa capacité à gouverner, que sur ses possibilités de négocier autant avec Vladimir Poutine ou l’Union européenne. Débarqué sur l’échiquier politique européen et international, le 6e président de l’Ukraine est le parfait néophyte dont on pardonnera peu, mais dont on espère au moins un minimum d’avancée adulte pour un pays aussi important que le sien.

Avant son investiture le 6 juin prochain, "l’ancien comédien nouveau président", doit déjà donner des gages de maturité politique à l’environnement géographique proche de l’Ukraine, et rassurer une population ukrainienne qui ne cache pas son inquiétude.

Une campagne plutôt floue

C’est bien ce qui inquiète aussi : la campagne de Volodymyr Zelensky. Si bien des Ukrainiens plutôt ultra-nationalistes le soupçonnent de collusion avec Moscou, ce qui n’est toujours pas prouvé, et dont Zelensky n’a de cesse de répéter que la Russie est l’ennemie de l’Ukraine, d’autres ukrainiens en revanche espèrent dans ce nouveau président qui pourrait ouvrir un nouveau chapitre de l’Ukraine.

Le dossier auquel  il devra s’atteler est bien celui de relancer le processus de paix avec la Russie. Zelensky le souhaite en déclarant vouloir relancer le processus de Minsk, c’est-à-dire tenter de poursuivre le protocole de Minsk, un accord signé le 5 septembre 2014 par l’Ukraine, la Russie, la République populaire de Donetsk et la République populaire de Lougansk, deux états sécessionnistes de l’Ukraine contrôlant une partie du territoire. Protocole ayant pour but de faire cesser les combats, qui ne le furent point et qui continuent aujourd’hui.

En attendant Moscou s’adresse à Kiev avec une voix adoucie de guimauve, quand les félicitations de l’Ouest, mesurées et mesurables, sont le signe d’une certaine espérance à venir dans la résolution du conflit avec Moscou.

Comédien mais pas saltimbanque

Zelensky n’est pas un simple ménestrel lancé dans une aventure politique au hasard du vent. Il est aussi un homme d’affaire chevronné. Mais le premier écueil pour lui concerne le Parlement de Kiev qui lui est hostile. Ainsi Zelensky part dans un marathon où il ne pourra compter sur la chambre haute, surtout quand il s’agira de nommer celles et ceux qui devraient l’entourer dans son gouvernement, à la condition que leur désignation soit validée par la Verkhona Rada, Верховна Рада  le Parlement ukrainien. Il faut dire que les prochaines élections législatives sont prévues pour octobre prochain, un long chemin à attendre de juin à octobre pour Zelensky.

Novice ou déjà initié ?

Bien difficile de faire la part des choses dans cette élection. Bien difficile de définir le réel profil de Volodymyr Zelensky. Il apparaît pour l’instant comme un kaléidoscope dont on partirait à la recherche de la vraie image pointée. Ombre et lumière se mélangent. Lumière pour le talentueux comédien, et ombre quand on reparle d’un oligarque exilé en Israël, Igor Kolomoïsky, qui aurait été d’un grand soutien à Zelensky durant sa campagne, et dont le retour serait attendu à Kiev, malgré les accusations d’un détournement de 5 milliards de dollars.

Enfin, last but not least, on voit ressurgir Ioulia Timochenko, l’égérie de la "Révolution orange", ancienne première ministre, surnommée "La princesse du gaz", femme d’affaire, tantôt victime, tantôt victorieuse, mais toujours à une portée de main du pouvoir au cas-ou. Ioulia Timochenko, d’origine russo-lettonne qui a appris l’ukrainien seulement dans les années 90, salue la victoire de Zelensky, prête à gouverner avec lui. Mais quand Ioulia Timochenka surgit, rien n’est dû au hasard.

Quant à Vladimir Poutine, il vient de signer un décret simplifiant les procédures d'obtention d'un passeport russe pour les habitants des régions séparatistes de Donetsk et de Louhansk, aux mains de séparatistes pro-russes et qui ont fait sécession en 2014, ces régions se trouvant à l'est de l'Ukraine. Et, cerise sur la vatrouchka, gâteau au fromage, Vladimir Poutine vient de déclarer qu’il était disposé à renouer le dialogue avec l’Ukraine. Pour Volodymyr Zenlenski, si son prénom signifie "volonté de paix", la balle est dans son camp.

 Anne Jaillard- Chesanovska, journaliste ukrainienne, est l'invitée de ce "Micro européen". 

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