Micro européen. L’Europe et l’Amérique de Joe Biden

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Espoirs et circonspection, deux termes qui pourraient résumer les attentes de l'Union européenne, plusieurs mois après l'arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche.

Il est vrai que l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche, tant voulue en Europe, a été accueillie avec un grand soulagement. Après les "flons flons", quid du nouveau président des États-Unis d’Amérique pour l’Union européenne ?

Pour notre invité, Harold Hyman, journaliste, expert en géopolitique, Joe Biden attendrait beaucoup de l’Union européenne, bien que divisée, donc plus de cohésion, plus de force, une Europe "puissance". C’est une autre paire de manches. Quant à la Manche, Harold Hyman a précisé que l’alliance USA-Royaume Uni n’est plus ce qu’elle fut naguère, avec le souvenir de la Seconde Guerre mondiale, et malgré des liens historiques. Pour l’heure, il s’agirait d’un partenariat plutôt neutre qui ne demanderait qu’à prendre des couleurs. 

Antony Blinken, l’atout "européen" de Joe Biden ?

Il faut dire que la nomination d’Antony Blinken à la tête de la diplomatie américaine n’est pas passée inaperçue. Francophone et rocker, diplômé de Harvard, Antony Blinken a fait des études secondaires à Paris, à la très prestigieuse école Jeannine Manuel, puis à Sciences-Po. Il faut dire qu’Antony Blinken connaît bien la diplomatie, son père était ambassadeur des États-Unis en Hongrie, et son beau-père, le second mari de sa mère, le célèbre avocat international Samuel Pisar, un des plus jeunes rescapés de la Shoah.

Parlant couramment le français, l’Europe n’est pas pour lui une lointaine contrée peuplée de gens aux différentes langues. On le dit "multilatéraliste", à savoir que le rôle des USA en politique internationale serait plutôt d'être un acteur rassembleur à son avis. Tout comme Joe Biden, Antony Blinken juge la Chine comme le principal danger pour la stabilité du monde, il est favorable à la coexistence de deux états concernant la question israélo-palestinienne.

Tony Blinken, Antony étant peu usité, est un secrétaire d’état américain qui compte comme son président sur une très nette relation Europe-USA ; pour eux, un des fondamentaux sur lequel doit, entre autres, reposer la politique étrangère des États-Unis. Ainsi, sa très bonne connaissance de l’Europe, et avant tout de la France, est un important atout pour la présidence américaine actuelle. 

Un président plus vert pour une Europe verte  

Un des dossiers va, à n’en pas douter, rapprocher l’Union européenne et les États-Unis, la défense de l’environnement. Tout en étant un président très multilatéraliste, Joe Biden est l’homme du retour de son pays dans l’accord de Paris sur le climat, première pierre positive pour les relations transatlantiques. Quelque part, la place de leader mondial pour le climat va se jouer entre l’Europe et les États-Unis. Qui fera plus vert l’un que l’autre ?

Le sommet pour le climat du 22 avril dernier propose, à l’image de l’accord de Paris, des solutions pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C d’ici la fin du siècle. On voit ainsi la naissance, initiée depuis quelques années, de la diplomatie verte. D’ailleurs un compromis européen a été trouvé, qui s’inscrit dans la loi Climat européenne, la veille du sommet, soit le 21 avril, avec un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l’Union européenne d’au moins 55 % d’ici à 2030. Sans oublier que la Chine et la Russie se sont prononcées soit en discours, soit en déclarations "vertes", comme quoi la diplomatie verte est tout d’abord de la diplomatie.  

La question de l’Otan 

Quand Joe Biden voudrait une Europe plus forte, plus allante, il n’oublie pas la question de la défense. En bonne logique américaine, la participation européenne financière à l’Otan, afin de se trouver sous le parapluie américain, est jugée plutôt faible par Washington.

L’Otan, composée de 29 états membres, est une organisation financée par ses membres en trois budgets. Il s’agit du budget militaire de fonctionnement, programme d’investissement au service de la sécurité et du budget civil. La part des membres est calculée en fonction de leur revenu national brut. Pour l’Union européenne, les contributions sont de 15% pour l’Allemagne, 11% pour la France puis 8% pour l’Italie et 6% l’Espagne. Quant aux autres états membres de l’Otan et de l’Union européenne, 17 de la Belgique à la Slovaquie, leurs participations oscillent de 5 à 1%.

Enfin la part des États-Unis est la plus importante avec 22%. Comme pour les administrations présidentielles passées, celle de Joe Biden n’échappe pas à la remarque que les Européens devraient faire un effort, ce que l’on appelle en Amérique le “burden sharing”, soit le partage du fardeau, comme on l’a vu récemment dans la presse. Comme l’a rappelé notre invité, Harold Hyman, Joe Biden prendrait aussi conscience que les États-Unis ne sont plus aussi puissants qu’avant, et vu le contexte international, les zones de tensions sont nombreuses, Chine-Taïwan, Ukraine-Russie où le sultan d’Ankara souhaiterait aussi être de la partie, Moyen Orient où le président turc est là aussi présent, sans oublier la question iranienne. 

Le multilatéralisme n’est pas un long fleuve tranquille 

Il reste tout de même bien des questions à régler entre l’Europe et les États-Unis, d’ordre commercial : l’aéronautique, le numérique et sa taxation sur les GAFA implantées sur le vieux continent, sans oublier que le protectionnisme est implanté des deux côtés de l’Atlantique.

Enfin, si le président américain voulait "marquer" son arrivée dans les questions multilatérales, surtout concernant le commerce, il pourrait se pencher sur cette domination de la justice étasunienne concernant toutes transactions en dollars en dehors du territoire des États-Unis d’Amérique. Mais nous savons bien qui se cache toujours dans le détail...  

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