Micro européen. Les mécènes et l’Europe : la confirmation d’une protection du patrimoine artistique

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Un début d'année à la Fondation d'art Custodia à Paris. Une fondation française créée en 1947 par un historien et amateur d'art néerlandais et sa femme, pour héberger leur collection de peintures, dessins et estampes.

Le mot “mécénat” est issu du nom de Caius Cilnius Mæcenas, protecteur des arts et des lettres dans la Rome antique. Il est devenu, dans le langage courant, le nom attribué à une personne physique ou morale soutenant avec ses moyens financiers un projet culturel ou un artiste.

Une des premières mécènes au monde était la princesse Isabeau de Bavière au Moyen Âge. Le mécénat a connu son âge d'or à la période de la Renaissance italienne. Entre autres, la famille Médicis de Florence, dont Laurent le Magnifique, ont fortement soutenu les artistes dont Michel-Ange ou encore le philosophe et humaniste Pic de la Mirandole (Giovanni Pico della Mirandola). L’Europe a connu de grands mécènes à cette époque, le néerlandais Niclaes Jonghelinck par exemple, et en France, le roi François Ier, son accueil de Léonard de Vinci au Clos Lucé. 

La fondation Custodia

Au cours du Micro Européen de ce jour, Ger Luijtent de la  Fondation Custodia évoque l’exemple de Frits Lugt (Amsterdam, 4 mai 1884 - Paris, 15 juillet 1970), collectionneur et historien de l'art autodidacte, fondateur de l’Institut Néerlandais et de la Fondation Custodia à Paris. Cet exemple de mécène ayant choisi Paris pour y créer sa fondation est propre à la volonté de mécènes, européens ou d’outre-Atlantique, ayant toujours favorisé l’Europe pour en faire la vitrine de l’art quel qu’il soit.

Frits Lugt a notamment publié des catalogues de collections françaises de dessins des écoles du Nord. Dans le domaine de l’histoire des collections, ses ouvrages Les Marques de collections de dessins et d’estampes et Le Répertoire des catalogues de ventes font figure d’outils de référence. Épousant en 1910 Jacoba Klever (1888-1969) la fille d’un grand industriel néerlandais, Jacoba Klever hérite en 1935 d’une immense fortune qui va accorder au couple Lugt une indépendance financière. Elle permit à Frits d’acquérir sa collection d’art. C’est en 1947 que le couple Lugt crée la Fondation Custodia ainsi que l’Institut Néerlandais à Paris, au 121, rue de Lille à Paris. Leur intention est l’ouverture à la connaissance et la découverte de l’art pour tous, donc une ambition de partage, et aussi la dispersion de leur collection après leur mort.  

Hans Heinrich von Thyssen-Bornemisza 
(1921-2002)  

Le baron Hans Heinrich von Thyssen-Bornemisza, mort le 27 avril 2002, est à l’origine d’une collection de 1 600 œuvres d’art dont un grand nombre est accessibles au public. Depuis 1992, 780 sont présentées au musée ThyssenBornemisza de Madrid et à Barcelone au monastère de Pedralbes, et 150 autres sont encore conservées dans la résidence tessinoise de la famille.  

Sergeï Chtchoukine (1854-1936) 

Il fut l’un des plus grands collectionneurs et mécènes d'art français du début du XXe siècle. Sergeï Chtchoukine fut un grand industriel russe, qui se lia d’amitié avec de grands marchands d’art comme Paul Durand-Ruel, Ambroise Vollard, Berthe Weill, Eugène Druet, Clovis Sagot, Georges Bernheim, Daniel HenryKahnweiler, et aussi de grands peintres, tels Henri Matisse ou Picasso.

Sa collection est composée de maîtres impressionnistes, postimpressionnistes et modernes, Monet, Cézanne, Gauguin, Rousseau, Derain, Matisse ou Picasso, Degas, Renoir, Toulouse-Lautrec, Van Gogh. Cette collection offre aussi le début des mouvements cubo-futuriste, suprématiste et constructiviste, Malevitch, Rodtchenko, Larionov, Tatline, Popova, Rozanova. La dernière rétrospective de Sergeï Chtchoukine date de l'année franco-russe 2016-2017.  

Calouste Gulbenkian (1869-1955)  

Calouste Sarkis Gulbenkian (en arménien Գալուստ Սարգիս Կիւլպէնկեան) est un financier arménien connu pour avoir légué sa collection d'art à une fondation portugaise, aujourd’hui la fondation Calouste-Gulbenkian de Lisbonne. Il constitua une des premières collections d'art mondiales qui se trouve aujourd’hui au Musée Calouste-Gulbenkian. Ce musée rassemble des œuvres de l’Antiquité jusqu’au début du XXe siècle, soit 6 000 pièces incluant art égyptien, art gréco-romain, art de l’Orient islamique et art de l’Extrême-Orient, ainsi que numismatique, peinture, sculpture et arts décoratifs européens. Des maîtres y sont rassemblés tels Rubens, Rembrandt, Turner, Degas, les bijoux de René Lalique, entre autres… 

Moïse de Camondo (1860-1935)  

La famille du comte Moïse de Camondo issue d’Istanbul, anoblie par le roi d’Italie en 1867, est l’exemple de ce que peut représenter le mécénat. Ayant opté pour la France par amour et passion pour la culture française, les “Camondo”, comme on les appelle, ont été décisifs dans la naissance de la révolution industrielle française sous Napoléon III.

Importants financiers, ils furent de grands collectionneurs d’art. Pour preuve, Moïse de Camondo, collectionneur d’art du XVIIIe siècle français, fit raser l’hôtel particulier paternel après la mort de ce dernier en 1911, afin d’y faire construire une demeure où le style et la surface se marient avec sa collection de meubles, de tableaux et d'objets d'art du XVIIIe siècle. A la mort de son fils Nissim, durant la guerre de 14-18, Moïse décidera de léguer son hôtel particulier l'Union centrale des arts décoratifs, à la ville de Paris.

Ainsi, de la fin du premier conflit mondial jusqu’en 1935, il enrichira sa collection afin de léguer l’expression de l'art du XVIIIe siècle français, visible aujourd’hui au Musée Nissim-de-Camondo de Paris. Si la descendance de Moïse de Camondo, par sa fille Béatrice (1894-1944), devenue Mme Léon Reinach, disparut en déportation, le cousin de Moïse a offert au Musée du Louvre le prestigieux “legs Camondo”, un ensemble exceptionnel de meubles XVIIIe siècle et une cinquantaine de peintures de maîtres impressionnistes, dont le célèbre Joueur de fifre de Manet.  

Peggy Guggenheim (1898-1979)  

Peggy Guggenheim est une mécène américaine, collectionneuse d'art moderne et galeriste, très tôt amie de Marcel Duchamp et de Jean Cocteau. Elle fut une des femmes ayant acquis la compréhension de l'art abstrait et elle fut la fondatrice du musée où se trouve la Collection Peggy Guggenheim dans le palais Venier dei Leoni sur le Grand Canal de Venise.

Son père, Benjamin Guggenheim, disparaîtra dans le naufrage du Titanic, et son oncle Solomon R. Guggenheim sera le créateur de la Fondation Solomon R. Guggenheim et l’artiste Hilla Rebay, peintre allemande et spécialiste de l’art abstrait, en 1937. Dès 1936 elle fonde une galerie à Londres, exposant Brancusi. Plus tard elle rencontrera Jean Arp, dont elle acquerra une œuvre qui sera la première de sa collection, puis viendra Vassily Kandinsky.

Ainsi naîtra la collection Peggy Guggenheim que l’on peut admirer à Venise. L’action des mécènes est aussi une œuvre d’art afin de préserver un patrimoine unique au monde, que bien souvent ne peuvent acquérir au profit de musées nationaux, des Etats, c’est aussi cela l’Europe. 

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